‹ P. J. ProudhonChapitre 2 sur 95 · ORIGINES. — ÉTUDES · texte numérisé non relu

ORIGINES. — ÉTUDES

était l’aîné de cinq enfants. Ses premières années se passèrent un peu au hasard. Il était utile à la maison ou gardait les vaches au-dehors. On sait cette belle et riche page sur ses ébats en pleine nature, tandis qu’il était bouvier1. Cette vie des champs ne dura pas; il n’avait pas douze ans qu’il était garçon de cave au logis. Cela n’empêcha pas qu’on ne le fit étudier. Sa mère y fut aidée par M. Renaud, l’ancien maître de la brasserie, alors retiré et qui s’occupait lui-même de l’éducation de ses enfants. Proudhon entra au collège, en sixième, comme externe. Il était forcément asstz irrégulier; les gènes domestiques et les assujettissements du dedans lui faisaient quelquefois manquer ses classes. Il réussit pourtant dans ses études; il y mettait une grande opiniâtreté. Sa famille était si pauvre qu’on ne pouvait lui acheter les livres; il était obligé de les emprunter à ses camarades et de copier le texte des leçons. Vers la fin des études,

I. Il habita dans sa première enfance le village de Burgillc-les- Marnay, sur l’Ognon, le pays, je crois, où sa mère était née et où elle retourna pour mourir. 11 écrivait de Sainte-Pélagie, le 30 octobre 1849, à son ami le docteur Maguet : « Nous avotis eu, vous et moi, le malheur de perdre successivement père et mère, sans pouvoir leur fermer les yeux. Il m’en reste toujours un chagrin qui fait que je n’aurai de repos que quand je pourrai m’établir sur les bords de l'Ognon, et finir ma vie là où elle a commencé. Aussi je m’arrange pour ce bienheureux temps. » Il y était retourné plus d’une fois et il y conduisit sa famille au mois d’août 1852 : « Je flâne à Burgille; je reçois quelques visites; j’écoute les paysans ; je me renseigne de tout, en pêchant aux écrevisses, cueillant des noisettes, etc... » (Lettre au docteur Maguet.)

un jour, après la distribution de prix d’où il revenait chargé de couronnes, il ne trouva pas en rentrant chez lui de quoi dîner.

Ce dut être un écolier sombre, farouche et un peu boudeur que Proudhon. Dans son ardeur au travail et sa soif d’apprendre, il ne se contentait point de l’enseignement de ses maîtres. Dès l’âge de douze à quatorze ans, il fréquentait assidûment la bibliothèque de la ville. Une curiosité le menait à l’autre et il demandait livre sur livre, quelquefois huit ou dix dans la même séance. Le savant bibliothécaire, l'ami et presque le frère de Charles Nodier, M. Weiss, s’approcha un jour de lui et lui dit en souriant : « Mais, mon petit ami, qu’est-ce que vous voulez faire de tous ces livres? » L’enfant leva la tête, toisa l’interlocuteur, et pour toute réponse : « Qu’est-ce que ça vous fait? ;> Et le bon M. Weiss se le tint pour dit ce jour-là 1.

1. Je dois infiniment, pour tous ces premiers détails de la vie de Proudhon, à M. Weiss lui-mème, particulièrement à M. Oudet, avocat distingué de Besançon, qui a bien voulu répondre à toutes mes questions, interroger pour cela autour de lui ou se souvenir lui même, et m’envoyer des notes précieuses, des extraits de correspondance. M. Beauquier, auteur d’un article sur Proudhon publié dans un journal étranger, a bien voulu également mettre à, ma disposition tous les matériaux qu’il avait réunis sur son célèbre compatriote bisontin. Je ne saurais assez dire combien j’ai trouvé obligeance et prévenance chez tous, à la seule annonce que je m'occupais d’un travail sur Proudhon. J’ai pu apprécier, par là. même, combien cet homme de lutte et de combat, qui avait suscité dans le public tant de rumeurscontradictoires et de colères, avait laissé au cœur de tous ceux qui Payaient personnellement connu, et quelles que fussent d’ailleurs leurs opinions, de pre-

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