‹ P. J. ProudhonChapitre 3 sur 95 · APPRENTISSAGE : IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

APPRENTISSAGE : IMPRIMERIE

11 ne put terminer entièrement ses études, et, obligé de gagner sa vie à dix-neuf ans, il passa des bancs du collège dans l’atelier; il entra dans la maison Gauthier et Cie, qui exploitait àBesançon une imprimerie considérable. Devenu ouvrier typographe, il fit, en cette qualité, son tour de France et fut élevé à la dignité de proie. Il a toujours gardé son livret d’ouvrier, tout chargé de bonnes notes 1.

fondes racines d’estime, de respect et d’amitié. Il avait dit un jour : « Je me flatte de ne pouvoir être connu et rester indifférent; il faut m’aimer ou me haïr. » Et moi, je puis dire que je n’ai vu personne, de ceux qui l’ont approché et connu, qui n’cût pour lui le contraire de la haine.

1. J’ai eu sous les yeux le livret, contenant seize feuillets cotés et paraphés, délivré à Proudhon, âgé de vingt et un ans et demi, à la mairie de Besançon, le 21 septembre 1830, en qualité de composteur. On y lit, pour l’année 1831 et 1832, les attestations des patrons chez qui il a été successivement employé, tant à Besançon qu’à Neufchàtel (Suisse), à Marseille et à Draguignan. On n’y voit que des marques de Satisfaction. — Il avait commencé par être correcteur avant d’apprendre le métier de compositeur, ainsi que l'indiquent les dates. M. Milliet (aujourd’hui rédacteur du Journal de l’Ain), qui était, en 1829, prote d’imprimerie à Besançon, dans la maison où Proudhon était correcteur, veut bien me donner à ce sujet des renseignements précis : « Lorsque Proudhon, me dit-il, fut amené en 1829 au bureau des correcteurs (nous étions cinq ou six), on lui donna, je crois, tout d’abord, les épreuves d’un livre latin de Droit, Voët et Vinnius, puis l'Histoire du Peuple de Dieu , par Berruyer. — Alors aussi on imprimait le Nouveau Monde industriel de Fourier qui venait lui-même prendre ses épreuves et supputer les lettres d’un volume. — Alors, à propos d'une observation quelconque, Proudhon sabrait déjà toute la doctrine et nous plaisait par ses boutades. — Excellent garçon, passant la main dans ses cheveux (il conserva toujours cette habitude), allant de temps à autre vers les bureaux des correcteurs, demandant comment ils se trouvaient de leur métier de glaneurs

]] corrigeait pour la maison Gauthier les épreuves d’auteurs ecclésiastiques, de Pères de l’Église. Comme on imprimait une Bible, une Vulgatc , il fut conduit à faire des comparaisons avec les traductions interlinéaires d’après l’hébreu. C’est ainsi qu’il apprit l’hébreu seul; et comme tout s’enchaînait dans son esprit, il fut amené de la sorte à des études de linguistique comparée. Comme la maison Gauthier publiait quantité d’ouvrages de patristique et de théologie, il en vint également, par ce besoin de tout approfondir, à se former des connaissances théologiques fort étendues, ce qui a fait croire ensuite à des gens mal informés qu’il avait été au séminaire.

Le premier écrit de Proudhon fut un travail de linguistique; on réimprimait à Besançon les Eléments primitifs des Langues , découverts par la comparaison des racines de V hébreu avec celles du grec, du latin et du français, par Bergier, le savant prêtre des montagnes du Doubs. Proudhon augmenta l’édition d’un Essai de grammaire générale (1837). Il a déployé dans ce travail une grande force d’analyse et donné des preuves de sagacité. Mais il ne pouvait triompher de la nature des choses et du cercle étroit où il s’enfermait. Il en était à Condillac, à Court de Gébelin et à Bergier. Il ne sortait pas du latin, du grec et de l’hébreu, ni

de fautes, puis soulevant des questions d’histoire ou d’appréciation sur les événements d’alors... »

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