EFFET SUE L’ACADÉMIE DE BESANÇON
ogre, un loup, un serpent; tous mes amis et bienfaiteurs s’éloignent de moi, et m’abandonnent à mon sens réprouvé : désormais tout est fini; j’ai rompu mes liens; je suis sans espérance. On voudrait presque m’obliger à une espèce de rétractation : on ne me lit pas, on me condamne. Jamais je n’ai vu tant d’animosité contre un auteur... 1 »
Et à la date du 19 août :
« La rage académique n’a fait que s’accroître contre moi; deux séances très-orageuses ont déjà eu lieu à mon sujet; diverses motions ont été faites, ou de me retirer la pension, ou de la donner à mon père, ou, simplement, de me blâmer publiquement; enfin, l’on a résolu de ne prendre aucun parti avant de m’avoir entendu, et je suis assigné à comparaître par-Jevant notre Sénat académique, dans le courant de novembre prochain, pour faire valoir mes moyens justificatifs, et m’entendre reprocher d’avoir écrit un livre antisocial, contraire à toutes les convenances
pénible de vivre avec des gens qui ne me rendront jamais justice, parce qu’ils ne comprendront jamais mes idées. »
1. Un autre passage d’une lettre adressée dans le même temps non plus à Bergman n, mais à M. Tissot, donne bien la mesure de son irritation à ce moment (10 août 1840) :
« Pour moi, je n’ai pas lied de me louer : je suis vu de mauvais œil ici : l’irritation a été portée au comble, on pense à me retirer la pension ; on n’espère plus rien de moi, dans le temps même où j’ose dire que l'on devrait espérer le plus; on m’abandonnera au moment de ma force et de ma fécondité. La colère s’accumule et s’empile dans mon âme ; si jamais le fils se révolte contre sa mère, s’il ose une fois révéler la turpitude de celle qui lui donna le jour, malheur, malheur à elle! Jusqu’ici je n’ai fait que mes exercices; je regarde ce que j’ai publié comme des juvenilia ; mais lo conscrit deviendra vétéran, et encore une fois malheur aux crânes! »
P. -J. Pi; OIJ 1)H O N.
pour la forme comme pour le fond. — On a exigé de moi que je ne publierais rien d’ici à la fin de l’année scolaire 1840-1841; j’ai donné ma parole par écrit, signée de moi. A peine mon second Mémoire 1 sera-t-il prêt pour ce temps-là. D’ailleurs, si l’Académie me traitait dans sa fureur, je serais, par là même, délié de mon serment.
« Parmi les académiciens, ceux qui avaient été mes plus dévoués m’ont tourné le dos; d’autres, qui ne me connaissaient pas, me sont favorables. Le préfet du département est du nombre de. ces derniers. En général les dévots, les avocats et les littérateurs purs m’en veulent; les commerçants, banquiers, usuriers, gens de négoce et de commerce, m’applaudissent: l’aurais-tu deviné? Déjà, au temps de Jésus-Christ, les publicains se trouvaient plus près du royaume de Dieu que les pharisiens et les docteurs.
(i Notre Congrès scientifique durera huit jours : on ne m’a pas fait l’honneur de m’y inviter... >'
11 était retourné à Paris en octobre pour y travailler à son second Mémoire sur la Propriété, et il croyait l’affaire académique assoupie, tellement qu’il venait de refuser un labeur lucratif afin de profiter des six mois de loisir et d’étude qui lui restaient encore à titre de pensionnaire :
« Je venais, écrit-il à son ami, de faire cet héroïque sacrifice à la science, quand je reçus une lettre du secrétaire de l’Académie de Besançon, qui me prévient en substance que je suis attendu le 15 janvier prochain (1841), pour répondre aux questions qui me seront adressées sur mon livre, et, si je ne puis comparaître en personne, que j’aie à faire connaître au plus tôt mes moyens