CITATION; DÉFENSE; ACQUITTEMENT
de défense. Le secrétaire ajoute que l’indignation est au comble, que mes amis n’osent plus me défendre, de peur de tomber en suspicion, que tout le monde est ou plein d’horreur ou consterné de ma détestable brochure, de mes déclamations enragées, etc., etc. La lettre est officielle et confidentielle tout à la fois. On m’exhorte à me rétracter, seul parti raisonnable et digne ; on m’avertit qu’il n’y a plus qu’une espérance de salut pour moi, c’est qu’il faut les deux tiers des voix pour ma condamnation, enfin les injures, les menaces, les flatteries, les conjurations, rien n’est oublié pour me remettre dans le bon chemin et me rappeler à la raison.
« Juge si ma surprise a été grande en lisant cette missive académique, moi qui croyais cette affaire terminée. — Je vais répondre à l’Académie; mais, quoique je ne sois pas le moins du monde ému, je n’attends aucun succès de ma lettre. Je ne puis ni m’excuser ni demander grâce; protester de la droiture de mes intentions ne peut suffire à des hommes qui me lisent sans m’entendre, et qui trouveront toujours des armes contre moi dans la franchise de mes explications. Que faire? J’écris pour l’acquit de ma conscience, pour obéir au désir de l’Académie; mais j’écris de manière aussi à pouvoir rendre ma lettre publique : car je ne suis pas d’humeur à me laisser déshonorer sans rien dire. Or, si je publiais un factum après coup, ce serait un libelle qui manquerait son effet; tandis qu’en publiant textuellement une défense destinée d’abord à rester secrète, elle sera d’une immense autorité aux yeux du public. Dans trois semaines je connaîtrai tout le mystère et le dénoùmentde cette intrigue, et je t’en avertirai. »
Il se faisait les hommes et même les académiciens plus noirs qu’ils ne le sont en réalité; et le 31 janvier, il pouvait annoncer une conclusion favorable :
« Mon affaire avec l’Académie s’est terminée heureusement pour moi; il s’agit maintenant de n’en avoir pas une troisième. M. le préfet du département, M. Brocard, le supérieur du séminaire, MM. Weiss, bibliothécaire, et Pérennès, secrétaire perpétuel, m’ont soutenu contre la cabale. Mais on me mande que ma défense a fait plus de scandale encore que mon livre : cela signifie simplement que j’ai jeté la division entre les membres, et fait rire les uns aux dépens des autres, en trouvant moyen de désigner mes adversaires d’une manière qui les a rendus pleinement ridicules. Ta conçois que ceux qui n’étaient point blessés ont dû feindre de prendre à cœur l’injure de leurs confrères ; mais le coup est porté, j’ai maintenant des amis et des ennemis 1. »
1. Et dans une lettre de date postérieure, à son autre ami Ackermann (16 mai 1841), il résumait l’affaire non moins vivement et avec une sorte de bonne humeur : « L’Académie de Besançon, de plus en plus animée contre moi, m’avait ajourné à comparoir devant elle au 15 janvier 1841, terme de rigueur et définitif, ou à faire valoir mes défenses : il s’agissait de me voir supprimer ma pension et déshonoré publiquement. Si ce malheur me fût arrivé, j’étais ruiné de fond en comble et perdu sans ressource. Je n’avais plus qu’à partir pour la Russie ou pour l’Amérique. La détresse me donna des forces; j’avais épuisé toutes les explications, j'eus recours à la menace. J’écrivis un factum, de manière à ce qu’il pût être imprimé; je me proposais de porter le débat devant le public bisontin et de le rendre juge de la conduite des académiciens et de la mienne. Dans cet écrit, j’insistais plus fort que jamais sur ma doctrine, je la montrais existante et professée paitout, de sorte que je ne m’en trouvais plus que l’expositeur et, pour ainsi dire, le chef. Plusieurs membres de l’Académie étaient nominalement désignés comme mes ennemis et fort maltraités; en un mot, je montrai les dents, et je fis entendre à l’Académie que si elle cherchait le scandale, il y en aurait. — Il paraît que cela fut compris; une moitié de l’Académie se mit à rire de l’autre; le préfet vint à mon aide : on commença à dire que j’étais un garçon de talent, et qui pouvait aller loin; bref, je fus acquit-