‹ P. J. ProudhonChapitre 30 sur 95 · GOUT PRONONCE POUR LA SCIENCE · texte numérisé non relu

GOUT PRONONCE POUR LA SCIENCE

elles ne veulent point être traitées par-dessous la jambe. » Mais, au lieu de refondre son premier travail, il songeait plutôt à en entreprendre un plus fondamental, et où les questions seraient strictement et amplement discutées. Dans sa recherche des premiers principes, il était amené à désirer étudier et tirer à clair les systèmes de métaphysique allemande dont il entendait parler et qui passionnaient les esprits au delà du Rhin. 11 n’en fut guère jamais informé que de raccroc et secondairement. Il lisait Kant alors : « Je le trouve, disait-il, d’une sublimité qui m’effraye , j’ai peine à le suivre. » 11 pressentait pourtant qu’il y avait de ce côté et dans les tendances des trois fameux continuateurs de Kant des rapports d’affinité avec son propre esprit, et dont il aurait pu profiter. Il se rencontra notamment plus tard avec Hégel, mais d’instinct et sans l’avoir lu. Des conversations y aidèrent. Ayant l’ambition de refaire à son tour une psychologie, une logique et, qui plus est, une métaphysique nouvelle, et, sentant qu’il y serait tout à fait « excentrique, » il éprouvait le besoin de se fortifier et de s’encourager des opinions hardies de quelques grands penseurs contemporains. Son esprit absolu et rigoureux, s’il n’avait pas eu alors à s’occuper des intérêts matériels et du positif journalier de la vie, était violemment tenté dans le sens de la science et de ses poursuites élevées, ardues, pleines d’attrait dans leur profondeur :

P.-J. PliOUDIIOiN.

« Je commence à m’ennuyer de mes querelles politiques : l’amour de la science, d’un côté, me séduit et me commande de passer à autre chose, me faisant croire que j’ai fait assez sur la matière de la propriété; de l’autre, le sentiment de l’injustice et l’ardeur du tempérament m’entraînent à une guerre nouvelle. Que veux-tu? je voudrais travailler à une métaphysique nouvelle; et la question sociale m’otl're une si riche matière à traiter que je ne puis renoncer à un sujet où je vois l’occasion de déployer toutes les richesses du style et toutes les forces de l’éloquence. La raison pure est ma divinité; mais je voudrais m’essayer encore une fois dans l’art... »

U art, le mot peut sembler étrangement choisi ; il a pourtant sa justesse. Il y avait, en Proudhon, l’étoffe de deux hommes qui se firent continuellement concurrence, le savant et Y écrivain. Le savant en lui est contesté. Sa Correspondance montrera un jour qu’il l’était beaucoup plus foncièrement qu’on ne le suppose, et qu’il y a dans toute son œuvre, si irrégulière et si brusquée qu’elle semble, un dessein d’unité. Cette unité consiste en ce que l’auteur, pendant vingt-cinq ans, n’a cessé de chercher à déterminer scientifiquement la justice sociale, universelle, qui devra profiter à toutes les classes de la société sans exception, et ensuite à introduire la morale dans l’économie politique en soumettant la liberté de chacun ou les forces égoïstes de la société à la règle dictée par le sens moral1. Que cett3 tentative soit en partie

1. « Kepler travailla dix-sept ans pour arriver à la formule de

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