PÉRIL ÉVITÉ; MODERATION RELATIVE
mêmes qui ne sont pas encore pour moi m’engagent A poursuivre; M. Blanqui, entre autres, m’a dit que je ferais un très-grand bien dès que l’on n’aurait plus rien à craindre de mes intentions et de l’abus qu’on pourrait faire de mon livre. C’est à quoi j’ai répondu que je saurai mettre ordre.
« J’ai attaqué vivement le National , qui en a pleuré et grincé des dents; j’ai fait une critique très-vive de la philosophie de Lamennais, critique qu’on trouve juste, mais qu’on voudrait plus bienveillante pour l’auteur. J’avoue que je ne puis encore me rendre à cette observation. Lamennais vient de publier un nouveau volume que j’ai lu, et dans lequel il semble avoir pris à tâche de justifier ce que j’ai dit de lui : qu’il était désormais impuissant. Il prend en sous-œuvre la célèbre profession de foi du Vicaire savoyard, et se met à amplifier les arguments de Jean-Jacques contre les miracles, les prophéties, la révélation, le péché originel, l’enfer, etc. Diatribes contre le clergé et le catholicisme. Quoi qu’on dise de cet homme, je répondrai toujours que je n’aime pas les apostats. Il pouvait changer d’opinions, mais il ne devait jamais faire la guerre à ses confrères dans le sacerdoce, ni au christianisme, qu’il ne s’agit plus d’attaquer, mais d’approfondir. Je me réserve de le ressaisir quelque jour.
« J’ai fait connaissance de Pierre Leroux, que je trouve aimable et spirituel.
« Vous voyez donc quelle est ma position : auteur de deux Mémoires contre la Propriété, restés tous deux sans
ché d’abuser de ma position, qui n’ofTre aucune prise contre moi, môme à la calomnie.
« Encore une fois, je vous regrette, non-seulement pour que vous soyez mon second et mon témoin dans mes luttes, mais parce que vous y prendriez part, tandis que je n’ai encore personne. Personne! je suis délaissé..., » Nous avons le mouvement haut ou bas de son esprit à tous les moments.
p.-j. i> no i ü ii on.
réponse, bien qu’ils aient été curieusement et minutieusement lus; engagé dans une carrière encore inexplorée (il s’agit de refaire toute la législation, en substituant de nouveaux principes aux anciens); annonçant de nouveaux écrits plus explicites, et cette fois plus positifs : je ne puis reculer. Je regarde ma tâche comme très-grande et trèsglorieuse : il ne me reste qu’à m’en rendre digne. Le genre Mémoire paraît être celui qui me convient : moitié science, moitié pamphlet, noble, gai, triste ou sublime, parlant à la raison, à l’imagination et au sentiment : je crois que je ferai bien de me tenir à cette forme. La science pure est trop sèche; les journaux trop par fragments, les longs traités trop pédants : c’est Beaumarchais, c’est Pascal qui sont mes maîtres. Mais quel avantage j’ai sur eux! Je fais intervenir le monde entier dans mes écrits : il n’est pas une question de philosophie, de morale, de politique, que je ne puisse faire entrer dans ces mémoires.
« Je regrette beaucoup maintenant mon esclavage : je vais me hâter de mettre aux mains de mon maître les matériaux de son livre *, et je m’enfuis au 1er août, en
1. Le livre sur V Instruction criminelle qu’il préparait pour
M. X . — Comme il faut être juste avant tout, et qu’il m’est
venu en dernier lieu des informations précises sur les rapports de Proudlion avec ce magistrat de la Seine, je dirai que Proudlion l'avait cru peut-être dans le principe un peu plus naïf et plus dupe qu’il ne l’était. Ce qui est certain, c’est que vers le temps où Proudlion écrivait cette lettre à Ackerniann, le magistrat paraissait fort refroidi déjà pour le travail de son collaborateur, et qu’il semblait résolu à n’en faire à peu près aucun usage. Je n’en veux pour preuve que ce passage d’une lettre de Proudlion à ce magistrat même : <■ (Besançon, lü août 1841 ) . J’ai vu avec peine,
dans les derniers mois de ma collaboration, que vous ne preniez qu’un fort médiocre intérêt à mon travail : il tn’a paru même plusieurs fois que vous regrettiez d’avoir commencé cette entreprise, je n’aurai jamais, monsieur, qu'une manière de vous rassurer et