THÉORIE DE L’ÉGALITÉ ABSOLUE
« Le titre de ma dernière publication 1 vous a mécontenté : vous me connaissiez trop bien pour supposer que je devinsse jamais un Hégel, un Kant, un Newton peut-être en métaphysique. J’espère qu’à cet égard la lecture de mon livre vous remettra. Le sans-façon avec lequel je parle de moi-même et de mes devanciers ne vous semblera plus que l’expression de ce sentiment d’égalité qui est en moi, égalité à laquelle je crois de toute mon âme, et qui, selon mon opinion, doit s’étendre un jour jusqu’aux facultés intellectuelles. Je crois volontiers que je ne serai jamais un Kant ni un Leibnitz : trop de choses me manquent pour cela, non de la part de la nature, mais du côté de la fortune. Mais je vous avoue que, depuis deux ou trois années, l’étude m’a appris à considérer sans frayeur tous ces grands génies qu’à si juste titre le vulgaire admire, et que je trouve beaucoup plus près de nous qu’il ne nous semble. Suivant toujours la même psychologie, j’en suis venu à croire, sans en être enorgueilli le moins du monde, que je pouvais (comme tout homme bien constitué du reste), acquérir par le travail et par une bonne méthode ou instrumentation la même puissance intellectuelle que ces hommes auxquels vous me comparez ironiquement : j’ajoute que la faiblesse d’esprit, l’imbécillité, l’ignorance, l’étroitesse de conception étant des perturbations, des anomalies que le progrès social doit faire disparaître, un jour viendra où l’immense majorité des humains, sans être identiques, seront équivalents de capacités, comme ils seront égaux par le salaire.
« Toutes ces croyances peuvent être des billevesées, mais elles détruisent jusqu’au soupçon d’orgueil, jusqu’à la possibilité d’exorbitance d’amour-propre. »
Une telle idée foncière de l’égalité, est-ce une