‹ P. J. ProudhonChapitre 43 sur 95 · LETTRE A M. CONSIDÉRANT · texte numérisé non relu

LETTRE A M. CONSIDÉRANT

tion singulière le menait, dans sa Lettre à M. Considérant, à une éloquente sortie contre les génies et les talents, à une magnifique invective :

« Que parlez-vous maintenant de talent et de génie? Ce prélèvement, réclamé avec de si ridicules instances par vos soi-disant capacités, est une rapine exercée sur le produit du travailleur, que, sous prétexte d’infériorité fonctionnelle, vous retenez en servitude. Développez ces intelligences, façonnez ces organes, émancipez ces âmes, et bientôt, mortels desséchés d’égoïsme, nous verrons à quoi se réduit votre prétendue supériorité.

« Talent et génie! mots sublimes, dont la société aime à récompenser, comme des sentinelles avancées sur sa route, les plus précoces de ses enfants; mais mots funestes, qui ont produit plus d’esclaves que le nom de la liberté n’a fait de citoyens. Talent et génie ! à ces noms magiques, comme à une invocation de la Divinité, le troupeau des humains se prosterne; la volonté expire dans les consciences subjuguées; l’esprit s’arrête, enchaîné par la fascination de la peur. Mon génie étonné tremble devant le sien , disait Néron parlant d’Agrippine; et l’histoire dépose que le plus cruel des Césars ne fut d’abord qu’un enfant pusillanime. N’en doutons pas, tous ces vils courtisans d’une grandeur usurpée, tous ces penseurs sans énergie, ces écrivains sans caractère, ces imitateurs serviles sont des enfants de la peur. « Nous naissons tous « originaux, s’écrie le poëte indompté des Nuits 1 ; com- « ment se fait-il que nous mourions presque tous copies ? » C’est que l’apparition d’un esprit nous ôte le sens et le courage. C’est la peur qui rend certaines époques stériles

en usant de son propre langage, j’appellerai les antinomies ou contradictions morales de Proudhon. Au reste, tout cela s’explique. L’esprit comme le cœur a de ses flux et de ces reflux.

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