‹ P. J. ProudhonChapitre 44 sur 95 · Young · texte numérisé non relu

Young

comme certains États tributaires; c’est la peur des siècles antiques qni amène l’ère des décadences; et quand les tyrans veulent asservir les nations, ils leur font peur de la vertu, ils leur crient qu’il n’est plus temps, qu’elles ont dégénéré de leurs pères. Voilà pourquoi les sociétés ont eu jusqu’à présent des périodes de sommeil et des temps de renaissance, pourquoi toute manifestation de l’esprit, ainsi que de la liberté, a commencé par la révolte. L’homme, anéanti d’abord devant ces idoles que son imagination lui fait si terribles, insensiblement reprend courage ; avec le temps et l’habitude, sa peur et son respect diminuent; fatigué d’obéissance, tout à coup il se lève, et longtemps avant sa raison, son cœur a proclamé l’égalité.

« Laissez donc, laissez croître ces jeunes intelligences, qu’effrayent vos démonstrations de génie, et cessez de mendier pour le talent une indigne gabelle, lorsque tant d’âmes sont privées de la spirituelle nourriture. Qui n’a pu concourir n’a point mérité de blâme, et nul n’a droit d’appeler lâche celui que la servitude a mutilé. An ! déliez cette main que la misère tient engourdie, donnez l’essor à cette pensée captive, placez cet homme dans les conditions où l’a voulu la nature, et attaquez-le dans sa force et dans sa jeunesse; puis, s’il rougit devant ses pairs, si l’aspect de son semblable l’humilie, s’il s’épouvante de la plus noble tâche, frappez : ce n’est pas un citoyen, c’est un esclave. »

On se souvient que le philosophe d’imagination, Malebranche, s’élevait contre l’imagination. Jamais on n’a parlé avec plus de talent que Proudhon contre le talent même, et on n’a fourni de meilleures armes contre soi. Ou mieux encore, et à y bien regarder, c’est l’ouvrier et le prolétaire Proudhon, qui, fort de la conscience de son talent,

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