‹ P. J. ProudhonChapitre 46 sur 95 · SAISIE ET POURSUITE. 1J · texte numérisé non relu

SAISIE ET POURSUITE. 1J

cours d’assises, pas plus que l’euphémisme et la rhétorique.

« J’ai adressé au ministre de l’intérieur, M. Duchàtel, à la date du 20 courant, avant d’avoir connaissance des poursuites dirigées contre moi, un exemplaire de chacune de mes publications, avec une longue lettre contenant ma profession de foi sur l’avenir. J’espère que le ministre accueillera favorablement mes idées, d’autant plus que je lui montre (et tu le comprends du reste) comment on pourrait tourner, au profit du Gouvernement, les théories les plus radicales. En effet, s’il ne peut y avoir de substitution ni d’interruption dans une société, il faut que toute théorie prouve qu’elle dérive nécessairement de la théorie existante, conséquemment qu’elle travaille à conserver celle-ci jusqu’au jour de son propre avènement.

« Ces idées, si sèches et si bizarres dans leur expression physiologique, sont admirables d’application et d’exposition historique : il faudrait réussir à les faire entendre à un ministre; et ma cause, par cela seul, serait gagnée. Mais que d’obstacles!

« Quoi qu’il arrive, je ne me rends pas si vite et suis loin d’être découragé. 11 faut que j’attende la réponse de M. Duchàtel; ensuite je puis faire manœuvrer quelques recommandations imposantes; enfin il me reste un refuge dans le jury et dans la faveur des Bisontins. La veille du jour où l’on m’a appris la saisie, je recevais l’annonce que les membres les plus influents du Conseil municipal s’occupaient de faire tomber sur moi la succession d’un vieil employé à deux mille quatre cents francs avec peu de besogne. Il faudrait que cette nomination m’advînt avant le procès, et c’est un des motifs secrets de l’ajournement que je vais solliciter... »

Ji dut renoncer à solliciter cet ajournement, et

P.-J. P U 0 U D 11 0 iN .

il se mit en route aussitôt. La cause se plaida à Besançon , le jeudi 3 février. 11 écrivait le soir même à son ami de Strasbourg :

« ( Besançon, 3 février 1842.) Mon cher Bergmann, je viens cl'être jugé, et je suis absous par le jury des quatre -chefs d’accusation formés contre moi. J'ai présenté moimême une Défense écrite, dont la lecture a duré plus ■d’une heure : comme je compte l'imprimer tu en jugeras ’. •D’est une espèce de prospectus général tant de mes études passées que de mes études à venir et de leur objet, .le gagne et je perds tout à la fois, par suite de ce procès. Je gagne un petit moment de célébrité, qui ne s'étend pas même fort loin, car, tu le sais, je n’ai pas les sympathies de la presse; je gagne, ce qui vaut mieux et ce que personne n’aperçoit, l’avantage de pouvoir innover, analyser et remuer à mon aise les principes, les droits, les croyances et les institutions; car ce jugement reconnaissant que je suis homme de méditation , non de révolution ; économiste, non anarchiste ; que je veux, suivant l'expression du président, convertir le Gouvernement et les propriétaires, il s’ensuit que je puis tout dire, comme fait un instituteur ou un ami, et que je suis déclaré hors de la ligne des conspirateurs. C’est à moi de conserver ■cette magnifique position.

« Mais je perds , dans ce sens, que, pour me défendre, j’ai été forcé d’exposer des vues et des idées que je ne voulais donner qu’en temps convenable; par exemple, que comme l’égalité et la non-propriété résultent de la métaphysique législative, de l’économie et de l’histoire, tout de même elles sont une conséquence nécessaire de la Charte et de toutes les institutions qui l’accompagnent :

1. Explications présentées au Ministère public sur le Droit de propriété. Besançon, 1 S4-2, in-12 d’une feuille d’impression.

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