‹ P. J. ProudhonChapitre 47 sur 95 · PROUDIION EN COU U D’ASSISES. 13'J · texte numérisé non relu

PROUDIION EN COU U D’ASSISES. 13'J

si bien, comme je l’annonçais d'ailleurs, qu’il ne s’agit plus aujourd'hui que de développer , non de détruire. Cela est magnifique pour les gens synthétiques et à idées enchaînées; mais pour cette multitude de sots qui font et défont en un instant les réputations, cela est excessivement dangereux, car plusieurs en concluent déjà que je suis acquis au pouvoir, et que je n’ai fait tant de bruit qu’afin de me faire payer plus cher. Commencer par l'égalité et i abolition de la propriété, pour finir par l'acceptation et le développement de b Charte, cela déroute tous nos démocrates, comme cela a v. routé, à l’audience, le ministère public.

« C’est pourtant aussi beau, aussi fécond que vrai : tu le comprendras, j espère...

« Je reste à Besançon : je crois t’avoir écrit que notre maire et son Conseil municipal songent à me caser, pour m’assurer le repos et l’indépendance nécessaires à l’étude: je ne puis mieux faire, je crois, que de me prêter à ces bonnes dispositions. Je vais avoir une rude année à traverser ; mais, je te le répète, je crois que ce sera la dernière, quant aux besoms de première nécessité.

« Je gagne tous les jours des amis; j’en ai jusque dans le parquet; j’espère que bientôt le pouvoir, sans m’avouer, me tolérera. Je sais que déjà il m’estime et m’honore.

« Adieu, mon ami : je viens de passer une journée fantasmagorique aussi vaine que les autres. Tout est vanité, disait Salomon, excepté d’aimer Dieu, ajoutons, et de le comprendre. »

Enfin, plus de trois mois après, dans une lettre à son autre ami, Ackermann, alors à Berlin, il résumait, ou plutôt il exposait de nouveau toute cette affaire du procès, de la plaidoirie et de l’acquittement avec une vérité toute pittoresque et

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dramatique; une veine de haute ironie s’y mêle. C’est la comédie à la cour d’assises : c’est du Daumier, et du meilleur. Dans le genre Proudhon, c’est aussi parfait que du Paul- Louis Courier. Certains passages , par leur belle humeur, rappellent Beaumarchais, le tout assaisonné et saupoudré du sel franc-comtois. 11 découvre aussi, sur la fin de la lettre, le fond de ses sentiments et la nature de ses espérances. Pendant toute cette année, il y eut un temps d’arrêt et de répit, et comme une trêve dans sa révolte.

« (Besançon, 23 mai 18/i2.) Mon cher Ackermann, vous saviez que je travaillais, en décembre, à un troisième Mémoire. Ce Mémoire a paru le '10 janvier, jour de mon départ pour Paris; il a été saisi le 18; l’auteur, décrété d’arrestation, et mandat d’amener lancé contre lui, le 22. Toutes ces nouvelles me sont parvenues le 2Zi ; perquisition a été faite dans ma chambre de la rue Jacob, le 25; cinq cents exemplaires de mon pamphlet, saisis au roulage, ont été déposés au greffe de Paris, et visite domiciliaire opérée chez mon libraire et plusieurs de mes amis. On n’y allait pas de main morte, je vous jure. Mes amis étaient consternés : ils déploraient tous mes violences, ma sombre humeur d’antipropriétaire, et cette rage de critique furibonde qui me précipitait dans les griffes implacables du pouvoir. Le télégraphe manœuvrait à mon honneur (car nous avons une ligne télégraphique, à Besançon) : j’étais recommandé d’en haut, et le zèle de nos substituts se signalait à l’envi contre le monstre révolutionnaire. Nul ne voyait pour moi d’issue possible à cette affaire : le jury prévenu, l°s jugeurs triomphants, le clergé se frottant les mains, l’Académie disant : « C’est bien fait; » tout le monde à peu près certain de ma con-

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