‹ P. J. ProudhonChapitre 52 sur 95 · DIVERSIONS LOCALES · texte numérisé non relu

DIVERSIONS LOCALES

soupçons et de mauvaises pensées, et dans ces terribles instants, ce sont toujours mes amis, qui, présents, souffrent de cette humeur; absents, ont toujours tort. Chàtiez-moi donc comme je le mérite et d’une main ferme, et soyez sûr que je vous en aimerai davantage, et que nous ne nous brouillerons pas. Si j’avais affaire toujours à des gens comme vous, j’aurais bien des défauts de moins, mais quoi ! les lâches humains ont plus peur de dire une petite vérité à un homme que de se battre avec lui, et tel deviendra mon ennemi pour avoir fui devant une explication ou une correction fraternelle. J’espère, mon aimable philosophe, que vous ne prendrez point ceci pour hypocrisie... »

Les élections générales eurent lieu en 18Zr2. Proudhon n’y resta pas étranger: il publia un factum d’un intérêt tout local : Avis motivé , que je n’ai pas vu, mais que les éditeurs de ses OEuvres auront à rechercher. Il paraît même qu’il publia encore quelque autre écrit. Nous en sommes avertis par le passage d’une lettre de lui à M. Tissot, qui avait désiré lire ce petit imprimé :

« (31 juillet 1842.) ... Je ne pensais pas qu’une bluette électorale pût exciter votre concupiscence, d’autant plus que, pour la bien entendre, il faut être un peu au courant des journaux et cancans du pays. Toutefois, puisqu’ainsi vous plaît, je la confie à la poste, qui vous la remetlra en même temps que cette lettre. 11 faut que vous sachiez, en passant, que parmi nos électeurs, les uns ont trouvé Y Avis motivé trop profond, les autres trop modéré et trop courtisan; Y Impartial a eu le courage d’écrire que cet Avis effleurait les questions sans les résoudre... Presque personne n’a vu que je me moquais

P.-J. l'ROU DH ON.

des députés, des électeurs et du Gouvernement. Cependant je dois cette justice à MM. de F..., B..., Weiss et quelques autres, qu'ils ne s’y sont pas mépris. »

Cette même lettre nous met au fait d’autres occupations encore par lesquelles, en payant son tribut à des publications locales, il essayait d’en relever la saveur. Mais ses doses, comme toujours, étaient trop fortes, et son sel parut trop amer :

« (31 juillet.) ... Présentement je travaille aussi sérieusement que je le puis ; je m’efforce, ainsi que vous me l’écriviez autrefois de vous-même, d’amortir en moi l’imagination et la passion par les fortes études ; et je me propose de redevenir pamphlétaire à quarante ans. Comme je puis réussir dans ce genre, je n’y veux pas arriver avec un mince bagage.

« Voici quelques nouvelles relatives à moi, et qui peutêtre vous intéresseront. Quelques jeunes gens se sont avisés de former ici une Société t l’Émulation du Doubs; il y a six semaines, ils me prièrent de leur faire un article pour leur recueil, qui paraît deux fois par an. Je leur offris un morceau de philologie qui parut leur faire plaisir : il y avait du grec et de l’hébreu, ce qui charmait infiniment ces braves garçons; mais il y avait aussi autre chose : l’article en question roulait sur l’exégèse biblique en usage dans l’Église; et la conclusion était la négation absolue de l’intelligence des Écritures chez les théologiens. Je citais en preuve, entre autres passages extraits des prophètes, trois psaumes que je traduisais en entier, avec analyse grammaticale, logique et historique. C’était extrêmement curieux et divertissant; et j’espérais bien que vous en feriez votre régal. Mais l’imprimeur qui se trouve être celui du clergé... commença par déclarer qu'il n’imprimerait rien de moi; puis le Conseil de la

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