DIVERSIONS LOCALES
Société d'émulation ayant été réuni, on convint que l’on ne pouvait se mettre à dos le clergé, qui aurait de l’influence sur le Conseil municipal qui alors refuserait les secours qu’on en espérait. On me demanda si je ne pourrais point rajuster mon article aux convenances cléricales, je répondis que non; qu’au surplus la Société pourrait décliner la responsabilité, et que je signerais. Cela parut trop périlleux encore, et bref mon article fut écarté... »
Son activité, on le sent, n’avait pas sa place ni son jeu dans ce cercle étroit, et devait à chaque instant s’y heurter. Proudhon, dans le même temps, continuait de correspondre avec son ami M. Bergmann : avec celui-ci il avait moins à entrer dans les circonstances et les particularités locales; il l’entretenait surtout du grand travail qu’il avait sur le chantier, et de la construction spéculative dont toutes ces diversions multipliées ne le détournaient pas. Nous retrouverons ici, sous sa plume, au sujet de l’offre d’une Dédicace, quelques-unes des mêmes idées et des mêmes expressions que dans une lettre précédente à M. Tissot > le ton affectueux pourtant domine davantage; il rencontre de ce côté moins de résistance, et il a affaire à une amitié plus ancienne et plus familière.
« Je travaille avec activité à mon nouvel ouvrage (la Création de l’Ordre), écrivait-il à Bergmann (9mail8Zi2); j’en attends toute ma réputation et mon classement définitif parmi les penseurs. Je n’ose encore espérer que le Gouvernement sentira la valeur de mes recherches : les hommes du pouvoir sont toujours si prévenus, qu’une
vérité leur fait peur, et qu’ils la déguiseraient volontiers plutôt que de la répandre. L’homme qui, dans chaque découverte, doit trouver une nouvelle ressource et un nouveau moyen d’organisation, cet homme-là n’a pas encore paru.
« Peut-être aurai-je l’intention de mettre un des chapitres démon livre sous le patronage de ton nom, comme on place un enfant ou une chapelle sous l’invocation d’un saint. 11 ne s’agit point ici d’une dédicace ni d’une association à mes idées... c’est un simple billet d’envoi que je désire rendre public — avec ta permission, s’entend, — et pour l’édification des lecteurs. Tu pourrais bien te trouver de la sorte en compagnie de MM. Blanqui, Wolowski, etc., etc. Tu vois qu’il n’y a rien là de compromettant... Quant à moi, l’avantage que j’y trouve consiste à interrompre par-ci par-là un livre trop sérieux au moyen d'une communication amicale, et à me soutenir au niveau d’une discussion calme et digne, à l’aide des noms de quelques hommes que j’aime et que j’estime. C’est une sorte de porte-respect que je m’impose, et une satisfaction pour mon cœur et mes sentiments. J’attends ton consentement dans trois ou quatre mois. Tâche de ne pas me refuser : je te communiquerai d’avance, si tu l’exiges, ma petite épître. Tu es le seul esprit vraiment synthétique que je compte parmi mes amis; et comme la linguistique tiendra une place dans mon ouvrage, ainsi que dans toute ma vie, j’ai besoin de toi. Résigne-toi donc, mon ami, à figurer honorablement dans un livre qui sera le plus grand effort de ma pensée, et que je prépare depuis quatre ans à travers toute cette malheureuse polémique. »
Un Congrès scientifique devait se tenir, dans l’automne de cette année, à Strasbourg. Proudhon comptait d’abord y assister et y faire une double