‹ P. J. ProudhonChapitre 6 sur 95 · MÉMOIRE POUR LE PRIX VOLNEY · texte numérisé non relu

MÉMOIRE POUR LE PRIX VOLNEY

qui fut mienne quelques mois durant, et que personne ne m’a reprochée, parce que personne, hormis toi, parmi ceux qui en ont eu connaissance, n’était en état de la réfuter, je ne trouve en moi aucun motif plausible pour accepter ta dédicace. Je suis encore à l'index du pouvoir, et toujours signalé parmi les hommes dangereux; — d’un autre côté, mon métier de batelier1 fait une assez triste figure à côté du nom d’un professeur de faculté. Je conçois cette correspondance entre nous, mais secrète : dès qu’il s’agit d’impression, il me semble que c’est aux Burnouf et autres de cette force qu’il faut t’adresser.»

Proudhon eut l’idée d’utiliser son premier travail grammatical et il en tira sujet, en le remaniant et le présentant sous une autre forme, d’adresser à l’Institut, pour le concours du prix Volney, un mémoire intitulé : Recherches sur les Catégories grammaticales et sur quelques Origines de la Langue française. Ce nouveau travail qui avait pour épigraphe ces mots grecs : T aÇiç àr a&'av chwxet. (l’ordre poursuit le désordre), se terminait par la même pensée d’espérance et d’audace que nous avons relevée dans Y Essai imprimé à Besançon, mais ici le ton est plus net, il est plus dégagé encore ;

au sujet de ce même Essai, et dans le même sens : « Je vous aurais déjà envoyé mon Bergier, si je n’étais dans l’intention de refaire et rééditer prochainement le petit Essai grammatica qui le termine. Je regarde cet Essai, qui est de ma première façon, comme apocryphe, et je le désavoue. Permettez-moi de ne vous donner que ce que je signe et que ma maturité reconnaît. » 1. Proudhon était alors attaché à l’entreprise des bateaux du Rhône.

P. -J. P HOU DH ON

on sent l’homme qui a déjà serré sa ceinture et qui est en marche :

« Interrogeons les langues, dit-il, et elles nous répondront; faisons parler le langage, et il nous instruira : car c’est là qu’est renfermé le Testament donné à l’homme dès le commencement du monde, c’est là que nous trouverons la révélation primitive. Et, dussions-nous n’assister jamais à une nouvelle aurore de l’indéfectible vérité, il serait beau de témoigner que nous sentons nos ténèbres, et par le cri de notre pensée de protester contre le destin. »

Le mémoire fut déposé le 29 février 1839 et inscrit sous le n° h. Il n’y eut que quatre mémoires envoyés. On ne donna pas le prix ; mais deux mentions honorables furent accordées, l’une à M. Charles Mourain de Sourdeval, juge à Tours, auteur d’un ouvrage manuscrit intitulé Études gothiques i l’autre au manuscrit n° Zi, c’est-à-dire à M. P. -J. Proudhon, imprimeur à Besançon. Les juges étaient MM. Amédée Jaubert, Reinaud et Burnouf : « La Commission, disait le Rapport lu dans la séance annuelle des cinq Académies du jeudi 2 mai 1839, — la Commission a particulièrement remarqué le manuscrit n° 1 et le manuscrit n° Zi ; toutefois, elle n’a cru pouvoir accorder le prix ni à l’un ni à l’autre de ces ouvrages, parce qu’ils ne lui ont point paru suffisamment élaborés. La Commission, qui a distingué dans le n° h des analyses fort ingénieuses, particulièrement en ce qui

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