CELUI DES SECONDS
Mathey, Crétin, Charles-Edmond, Herzen, Massol, Rolland, Delhasse... ). Il en est, parmi ces derniers, de bien fidèles : ils resteront les amis de la dernière heure. Quelques-uns des premiers s’y retrouveront aussi.
Proudhon, dès son début, avait fait brèche dans l’opinion, comme économiste. Bien qu’en désaccord et en contradiction plus ou moins ouverte avec la plupart des auteurs et professeurs en renom dans cette science, il fit la connaissance particulière de quelques-uns d’entre eux, en 184/i, et il eut d’abord à s’en applaudir :
« J’ai fait connaissance, écrivait-il à Bergmann , le 12 mai, avec la coterie économiste (car il faut appeler les choses par leur nom), et je suis inscrit au rôle. Il y a là de bons garçons, hommes instruits, de bon sens, de bon goût, avec lesquels il y a plaisir à se rencontrer. Je ne puis que gagner à ces relations. Guillaumin, le libraire, est le pivot de la confrérie. 11 m’a fait des avances, et je compte traiter avec lui pour ma prochaine publication; car, enfin, quand une fois on s’est mis à écrire, les publications viennent comme vendanges. Que veux-tu ! il faut que la librairie me rende ce que l’imprimerie m’a pris, et j’espère en venir à bout. »
Il traita, en effet, avec l’estimable Guillaumin, pour son prochain ouvrage en deux volumes (les- Contradictions économiques ), et à des conditions dont il se félicitait. C’est alors qu’entre les économistes de mérite et en réputation, il eut l’occasion de se lier avec M. Joseph Garnier, directeur de-
l’École spéciale du commerce. Cette relation, contractée au nom de leurs communes études, et cpii devint assez amicale, a duré jusqu’à la fin. J’ai moi-même, dans les dernières années, été témoin, à certain dîner, de conversations entre l’un et l’autre, et des attaques et des ripostes, le tout sur un ton parfait et avec un fonds d’estime qui n’interdisait pas une agréable raillerie. Les bons procédés avaient une grande prise sur l’âme et la nature de Proudhon. M. Joseph Garnier en avait eu de bonne heure à son égard ; il l’avait critiqué pour son dernier ouvrage. {De la Création de l’Ordre) dans le Journal des Economistes , mais avec mesure et en connaissance de cause ; il avait aussi compris dans sa critique les trois ouvrages précédents1 :
1 Je donnerai quelques extraits de cet article, qui parut en ■octobre 1 S43, pour en faire apprécier l’esprit et le ton; on verra que Proudbon pouvait supporter de critique, et ce qu’il en acceptait avec gratitude :
« Dans son premier travail, l’auteur, disait M. J. Garnier, partant de cette donnée que la propriété est un monopole, et que tout monopole est un vol, répond à cette question : Qu’est-ce que la Propriété? par cet aphorisme inusité: La Propriété, c'est le vol . Cette assertion, quelle que soit sa valeur scientifique pour M. Proudhon et ses adversaires, était une maladresse, et en l’étalant complaisamment dans la première page, l’auteur se servait d’une étiquette qui valait moins que le sac. Or il est arrivé au nouvel écrivain ce qui était déjà arrivé à Malthus, qui, pour n’avoir pas adouci certaines expressions, s’est vu méconnaître et injurier par tous ceux qui ne l’ont pas lu, et qui forment la plus grande majorité. Que voulait dire et qu’a dit M. Proudhon dans son livre si plein d’érudition, de verve et de talent? Que la propriété par-