‹ P. J. ProudhonChapitre 70 sur 95 · M. JOSEPH G ARN 1ER · texte numérisé non relu

M. JOSEPH G ARN 1ER

nient et s’y tranche. Quand M. Rossi, avec sa haute raison et sa prudence pour le moins égale, rencontre une difficulté trop vive, qui mettrait incontinent sa science aux prises avec les puissances sociales régnantes et jalouses, il s’arrête, fait une marque, s’incline, se détourne et passe : à bon entendeur, salut ! Proudhon, lui, avec sa logique, pousse sa conséquence, creuse sa mine, fait sauter le rocher, le perce d’outre en outre, et, fort de sa méthode, certain de son objet, il conclut sans sourciller, et coûte que coûte, au redressement entier de la politique ou à la rectification de la morale. Maintenant, dira-t-on (et moi-même je dirai tout le premier), les sciences sociales sont-elles à ce point rectilignes? font-elles jamais été? peuvent-elles et doivent-elles le devenir? Tout le nœud de la difficulté est là.

11 dit d’ailleurs très-modestement et avec un bon sens fort spirituel, en engageant cette correspondance avec M. J. Garnier et en lui demandant la permission de i’entretenir (28 septembre 1843) :

« Après avoir si amicalement provoqué mes explications, monsieur, refuseriez-vous d’y répondre? Je saurai n’être point indiscret et ménager les moments d’un savant dévoué à l’enseignement public; je vous promets même, si vous l’exigez, de n’entretenir de relations avec vous qu’au bénéfice de nos communes études, et peut-être serai-je assez heureux pour vous suggérer de temps en temps quelque féconde et heureuse idée. Rien n’est 'précieux pour un savant comme un homme à paradoxes; et,

pour ma part, j’ose dire qu’avec le tour de mon imagination et placé comme je suis, je vois plus de choses de mon bureau, qu’un professeur de sa chaire. »

Cette lettre écrite de Lyon et de son bureau, quai Sainte-Marie des Chaînes, au milieu de tous les embarras des affaires et en manière de diversion à « la vie brute et matérielle qu’il mène », se termine par des paroles affectueuses et même aimables :

« Daignez donc, monsieur, par quelque communication, insignifiante pour vous, mais infiniment précieuse pour moi, entretenir dans mon cœur le feu sacré, la plus douce récompense que j’attende de mes élucubrations étant l’estime de mes amis et les encouragements des experts. »

Non, Proudhon, malgré ses brusqueries, n’était pas le paysan du Danube tous les jours ni à tous les instants1.

I. J'ajouterai quelques détails encore sur les relations de Proudhon avec M. Joseph Garnier et les économistes. Proudhon vint à Paris dans les premiers mois de 1844 : il fit visite à M. Garnier qui habitait près de Montmartre. Celui-ci attendait le fumiste. 11 vit entrer un homme avec un chapeau à grands bords et à larges épaules. Le dialogue suivant s’établit :

J. G. — Bonjour, je vous attendais avec impatience!... vous êtes le fumiste que j’ai fait denrtider?

P. — Non!... je suis Proudhon (avec un ton jurassique).

G. — (A part.) Ah! sapristi!... (Haut.) Soyez le bienvenu. Je suis enchanté de faire votre connaissance... je vous demande bien pardon ; mais, philosophe, vous savez qu’on peut confondre un...

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