‹ P. J. ProudhonChapitre 71 sur 95 · RELATIONS ALLEMANDES · texte numérisé non relu

RELATIONS ALLEMANDES

Charles Grün, un Allemand venu en France pour étudier l’état des esprits, les divers systèmes philo—

P. — Certainement! certainement! —

Et la connaissance se fit et se continua sans façon et avec sympathie. — Proudhon revint quelquefois à Montmartre parier économie politique, Bihle, mariage, philosophie et avenir. Un matin, il y prit une tasse de café en compagnie de Ch. Grün, jeune Allemand nouvellement arrivé... M. Garnier aboucha Proudhon avec l’éditeur Guillaumin qui s’attachait depuis quelques années à créer une librairie spéciale pour l’économie politique et qui avait fondé le Journal des Économistes en 18 il. Secrétaire lui-même de la Société d’économie politique, fondée par lui et Guillaumin en 1842, il invita Proudhon au dîner mensuel, dans lequel se réunissent les principaux membres de la Société. Proudhon se montra très-flatté de l’invitation, comme le prouve la lettre suivante qu’il écrivit à M. Garnier :

« Monsieur,

i Paris, 10 mars 1844.

« S’il vous est possible de passer par les Panoramas vers 5 h. 1/2, comme vous le dites, je serai charmé de vous y rencontrer et de profiter de l’occasion, unique peut-être pour moi, de voir tant d'hommes distingués, causant ensemble autrement qu’à l’Académie.

« Ce sera le plus précieux souvenir que j’emporterai en province, où déjà des affaires capitales me rappellent, du moins momentanément.

« Votre tout dévoué et reconnaissant,

« P.- J. P b ou DH on. »

Dans une lettre à M. Guillaumin, du 15 août suivant, par laquelle il lui proposait de publier son prochain livre des Contradictions, il faisait allusion à cette circonstance du dîner, et il s’engageait, sans le savoir, à plus qu’il n’en pourrait tenir; en effet, il faisait ses conditions en ces termes :

« D’abord, bien que vous soyez l’éditeur officiel de tous les ouvrages d’économie politique qui paraissent en France, j’entends avoir la liberté de mes opinions, quelque différentes qu'elles puis-

P.-J. PUOUDHON.

sophiques et socialistes, vit beaucoup Prouclhon pendant l’hiver de 18M-1S45 ; de retour dans son pays, il publia, en cette année même 1845, le récit de son voyage dans une suite de lettres familières. M. Saint-René Taillandier, plus tard, en a fait, dans la Revue des Deux Mondes , la matière d’un intéressant article1, en insistant sur l’influence qu’une telle relation avec un ami allemand avait exercée sur le développement des idées de Proudhon. Cette influennce de Hégel et de sa méthode est sensible en effet dans le prochain livre de Proudhon, le Système des Contradictions économiques ; mais, en même temps, il convient de réduire cette influence à ce qu’elle a réellement été, et pour cela

•sent être de celles de MM. Dunoyer, Rossi, Troplong, etc., etc, — J’entends de plus user largement, sauf le respect dû aux personnes et les égards que méritent les positions et les talents reconnus, du droit de réfutation et de critique.

« Pouvez-vous, monsieur Guillaumin, me garantir cette double franchise? De mon côté, je promets, et je ne devrais pas avoir besoin de vous le dire, d’y mettre la forme la plus polie, la plus académique possible. Grâce à vous, monsieur Guillaumin, et à l’obligeance de M. Garnier, je puis presque regarder comme mes confrères et mes amis bon nombre de ceux que j’aurai à citer : n’avons-nous pas mangé ensemble le pain et le sel? comme dit le Bédouin... »

Mais la plume de Proudhon, même quand elle y aurait visé, ne pouvait se plier à être si polie et si académique pendant deux volumes. Quand les Contradictions parurent, Guillaumin ne fut pas précisément congratulé d’avoir introduit le loup dans la bergerie; il s’en tirait en disant : « C’est M. Garnier qui en est cause. »

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