‹ P. J. ProudhonChapitre 72 sur 95 · Dans le numéro du 15 octobre · texte numérisé non relu

Dans le numéro du 15 octobre

CHARLES G R UN

nous avons d’abord à écouter Proudhon, le meilleur témoin. Parlant précisément de cet ouvrage, qu’il était en train de composer, il écrivait à Bergmann le 19 janvier 18Ù5 :

« J’ai entrepris trop de besogne pour aller aussi vite que je l’espérais. Je commence une série de six mémoires, peut-être sept, qui doivent se suivre consécutivement : le premier a déjà quatre cents pages. C’est une critique générale de l’économie politique, au point de vue des Antinomies sociales. J’espère à la fin apprendre au public français ce que c’est que la dialectique : n’est -il pas déplorable, tandis qu’en Allemagne tout écrivain s’assujettit à une forme méthodique connue, et indique toujours le procédé logique dont il se sert, qu’en France on ergote éternellement à tort et à travers sans pouvoir jamais s’entendre? C’est cette nécessité de discipline pour la raison que j’ai cru inaugurer le premier sous le nom de théorie ou dialectique sérielle ’, et dont Hégel avait déjà donné une constitution particulière. D’après les nouvelles connaissances que j’ai faites cet hiver, j’ai été trèsbien compris d’un grand nombre d’Allemands, qui ont admiré le travail que j’ai fait pour arriver seul à ce qu’ils prétendent exister chez eux. Je ne puis encore juger de la parenté qu’il y a entre ma métaphysique et la logique de Hégel, par exemple, puisque je n’ai jamais lu Hegel; mais je suis persuadé que c’est sa logique que je vais employer dans mon prochain ouvrage; or, cette logique n’est qu’un cas particulier, ou, si tu veux, le cas le plus simple de la mienne. »

Charles Grün lui-même est le premier à rccon-

1. Dans le chapitre intitulé Métaphysique , du livre de la Création de l’Ordre.

naître la force initiale et originale de Proudhon, et je n’ai, pour le montrer, qu’à citer ses propres sages, sa visite à Proudhon, les entretiens qu’il eut avec lui; en me servant de l’élégante traduction de M. Saint-René Taillandier, j’aurai pourtant à la compléter en un ou deux endroits avec le secours d’un jeune et savant ami '. C’est après avoir visité les divers sectaires utopistes, les chefs des écoles communiste, fouriériste, que M. Grün termine sa tournée par Proudhon; nous sommes ici avec un enthousiaste pour guide, mais un enthousiaste qui sait être au besoin un très-fin observateur, et qui est aussi, comme on va en juger, un descripteur excellent :

» Paris, 4 janvier (1845).

« Quand on entre du quai Malaquais dans la rue de Seine, on voit à gauche une autre rue qui forme un petit angle avec celle-ci. Un soir, vers cinq heures, étant précisément à cet endroit, je demandai la rue Mazarine. — La rue à gauche, me dit-on. — C’est là que se séparent les deux chemins d’Hercule : à droite, la large route des pacifiques fouriéristes1 2; et à gauche?... à gauche, rue Mazarine, n° 36, habite Proudhon.

« Je me l’étais représenté comme un homme d’une quarantaine d’années, aux traits durs, aux cheveux noirs, au visage défiant, le front accablé de profonds et douloureux soucis, mais pourtant avec cette bienveillance ineffaçable qui se lisait sur la physionomie de Jean-Jacques Rousseau et de Louis Boerne. Il faut, me disais-je, pour n’être pas confondu avec les voyageurs anglais et les vulgaires tou-

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