‹ P. J. ProudhonChapitre 87 sur 95 · Eugène Sue, par exemple · texte numérisé non relu

Eugène Sue, par exemple

sur, LE SOCIALISME.

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spéculateur, diplomate, économiste, écrivain, je provoque une centralisation de forces qui, si elle ne s’évapore en verbiage, doit tôt ou tard se manifester d’une manière formidable. La moitié du siècle ne s’écoulera pas, je n’en fais aucun doute, sans que la société européenne ne ressente notre puissante influence. Tout cela, du reste, se fait au grand jour, à la face du soleil. Nous ne conspirons plus, nous usons de la liberté qui nous est laissée. »

Ce sont là des pages, ce me semble, dont un historien des dix-huit années devra tenir compte. 1843-1844 fut, en effet, un moment décisif et critique pour la destinée du régime. Dans les sphères politiques proprement dites, on ne s’en aperçut pas: Proudhon vient de nous dire le mot effrayant de la situation. Le 24 février fut un accident, mais le régime était miné.

Nous ne pouvons maintenant nous dissimuler que si Proudhon, de 1840 à 1843, avait paru disposé à s’accommoder du pouvoir existant et du quelqu'un qui régnait, il avait passé, dans les années suivantes, à des sentiments beaucoup moins inoffensifs et moins neutres. Il nous le dira plus tard, il n’avait point alors en lui le lest qui eût pu le mettre en garde et l’avertir de jeter l’ancre a temps avant de se livrer aux courants rapides. Aucune des raisons qui retiennent les hommes et les rattachent plus ou moins à la stabilité n’était à son usage; il y eut donc un jour où il lui arriva de se dire : « Tant pis après tout pour le Système ! »

11 en lit son deuil et en prit son parti, comme c’est chose si aisée à un célibataire jeune, pauvre, ardent, repoussé, plein de foi en ses idées et en ses doctrines : il lui suffisait, pour être d’accord avec lui-même, de ne point conspirer1.

La dernière des lettres qu’il écrivit à Ackermann le montre bien par cet aspect. Cette dernière lettre, à d’autres égards, est touchante. Ackermann, jusque-là si sain et allègre, venait de fléchir tout à coup sous le travail et le climat. Ses amis apprirent presque en même temps sa maladie et son retour au pays natal. Dans cette dernière lettre

1. Je saisis, dans une lettre à M. Joseph Garnier l’économiste (23 février 1814), l’instant précis où Proudhon tourne réellement à l’irritation contre le pouvoir et le Système d’alors. 11 vient de montrer que tout, dans la société actuelle, est en voie de transformation et de métamorphose, religion, monarchie, propriété, et qu’il ne s’agit, en ce qui est de cette dernière, que de se rendre raison de ce qui se fait, de ne pas contrarier le mouvement et d’y aider de tous ses efforts; puis il ajoute : « Mais il y a quelqu'un, comme disent les journaux, qui ne veut pas que cela se publie; — il y a quelqu'un qui veut que la royauté reste royauté, la propriété propriété...; — qui, à cette fin, fait tirailler en sens contraire l’opinion publique; — qui rend complices de ses prétentions coupables magistrature, clergé, manufacturiers, professeurs, militaires et propriétaires. Et c’est pour résister à ce quelqu'un que, de temps en temps, je me mêle d’écrire; et maintenant si, sous ma plume, la science prend une physionomie de sans-culotte, à qui la faute?... » Je supprime des éclats de colère et de menace, qui rentrent trop dans ce qui était le coin ingouvernable de Proudhon ; car, pour un homme de tant de spéculation et de pensée, il avait en lui, autant qu’homtne du peuple, cette parcelle redoutable que Prométhée est dit avoir mêlée au limon du premier homme... Fcrtur... insani leonis vim stomacho apposuisse nostro.

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