L’ACADEMIE DE BESANÇON
rien et littérateur distingué, qui a laissé une noble veuve, docte et poète :
« Je suis dans la liquidation et dans le déblayage de nos affaires; j’espère en être débarrassé pour le mois de septembre. Mon associé Lambert a été petrouvé au bout de trente-trois jours, mort dans un bois, à deux lieues de Besançon.
« J’ai passé le pont aux ânes, je suis bachelier. J’ai déjà rédigé un mémoire pour l’Académie, le plus bref que j’ai pu, et en style de pétition. M. Pérennès (secrétaire perpétuel), qui tient à mon élection, m’a rendu ma pièce après en avoir pris lecture, pour me faire changer cette phrase :
« Né et élevé dans la classe ouvrière, lui appartenant « encore, aujourd'hui et à toujours, par le cœur, le génie, « les habitudes, et surtout par la communauté des inté- « rêts et des vœux, la plus grande joie du candidat s’il « réunissait vos suffrages, serait, n’en doutez pas, mcs- « sieurs, d’avoir attiré, dans sa personne, votre juste « sollicitude sur cette intéressante portion de la société, « si bien décorée du nom d 'ouvrière; d’avoir été jugé « digne d’en être le premier représentant auprès de vous; « et de pouvoir désormais travailler sans relâche, par la « philosophie et la science, avec toute l’énergie de sa « volonté et toutes les puissances de son esprit, àl’affran- « chissement complet de ses frères et compagnons. »
« Il ne m’a rien reproché sur le reste; seulement il désire que je raconte les détails de ma vie, ce qui me répugne fort : mais quant au passage que je vous ai rapporté, tout lui en paraît mauvais. Je lui rendrai l’équivalent, mais en termes qui ne le choqueront plus. »
Proudhon, en sollicitant les suffrages de l’Aca-
demie, ne la prenait pas du moins en traître; il ne se donnait pas pour autre qu’il n’était. Les lettres suivantes nous initient aux mystères du conclave académique : on s’explique très-bien toutefois que l’Académie de Besançon y regardât à deux fois avant de couver un tel œuf ou d’adopter un tel filleul ; elle avait comme des pressentiments de terreur :
« (Besançon, 20 août 1838.) Mon cher Ackermann, je diffère chaque jour de vous répondre, parce que je voudrais vous annoncer quelque chose de positif sur ma position vis-à-vis de l’Académie. 11 y a une Commission composée de six membres; à l'unanimité, elle a proposé ma nomination à l’Académie. Jeudi prochain, 23, M. Pérennès lira son rapport. Il y a sept candidats qui se remuent et s’agitent; on conte des choses incroyables. Comme je parais le plus redoutable, c’est contre moi que les efforts •de l’opposition académique se réunissent. L’un dit que je suis trop vieux, l’autre que j’ai un établissement industriel, partant que je suis assez savant comme cela. Celuici prétend que je suis protestant. — Protestant, vous •êtes honnête, réplique un quatrième; c’est un homme sans religion. — On a voulu insinuer que je n’étais pas l’auteur de Y Essai de Grammaire générale, que quelqu’un me l’avait fait pour m’obliger. Cela m’a donné un mouvement de vanité, en me faisant penser que ma brochure valait donc quelque chose, puisqu’on s’avisait de m’en disputer la paternité. Le seul qui, à travers toutes les objections élevées contre ma candidature, se soit un peu approché de la vérité, est un gros et grand médecin, à face de fermier..., c... à 36 carats, qui a assuré que j’étais dénué de toute instruction et de tous moyens, et ■que je n’ofifrais aucune valeur morale. Quant à la