‹ P.-J. Proudhon et la PropriétéChapitre 13 sur 43 · PRE · texte numérisé non relu

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disent les légistes, de l’homme sur la terre interdit au citoyen et réservé toutentier à cet être fictif, sans génie, sans passion, sans moralité qu'on appelle l’Ætat, dans cette condition le nouvel exploitant est moins, relativement au sol, que l’ancien, il a perdu plus qu'il n’a gagné ; il semble que la motte de terre se dresse contre lui et lui dise: «Tu n’es qu’un esclave du fisc, je ne te connais pas (1). »

Bref, la théorie de la possession est satisfaisante si l’on n'envisage que l’économie politique, la morale, le droit ; mais elle ne l’est plus dès qu'on se préoccupe des rapports du citoyen et de l'Etat : les variations de Proudhon surle problème de la propriété sont en étroite liaison avec le développement de ses idées politiques.

Or, nous le savons (2), les préoccupations politiques sont chez Proudhon contemporaines des préoccupations économiques et apparaissent dès le Mémoire de 1840; mais tandis que, dès 1849, Proudhon avait formulé les principes essentiels de ses théories économiques et passait aux applications pratiques, en matière politique il n'avait guère exprimé à cette même époque que ses postulats, ou, si l’on veut ses préjugés, il n’avait rien

(1) Idée générale de la Révolution au XIXE siècle, choix d'étude sur la pratique révolutionnaire et industrieile, æ. c., t. X, p. 218 et 219. ù

(2) C’est à la fin du Premier Mémoire sur la Propriété que Proudhon formule sa profession de foi d'an-archiste, Ce mémoire porte d’ailleurs comme sous-titre : Recherches sur le principe du droit et du gouvernement.

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approfondi. C'est après l’échec de la Banque du Peuple — échec occasionné du reste par les violents articles de Proudhon contre la Présidence et la condamnation qui s’ensuivit (1), c’est-à-dire par des raisons politiques plutôt qu'économiques — c’est donc vers le milieu de l’année 1849 seulement que le problème politique se pose décidément pour lui au premier plan. Ce souci nouveau apparait dès avril 1849, dans les articles du Peuple sur la République et la Coalition (2), dans les Confessions d’un Révolutionnaire (novembre 1849) où, retournant l’aphorisme fameux des Jacobins il déclare que «la Révolution sociale est le moyen » mais que « la Révolution politique c’est-à-dire l’abolition de l'autorité parmi les hommes est le but (3) », dans l’âpre polémique engagée par la Voix du Peuple (novembre-décembre 1849), contre Louis Blanc et Pierre Leroux (4), enfin et surtout dans cette « Idée générale de la Révolution au xix° siècle», son dernier ouvrage avant le coup d'Etat, où se trouve le premier exposé d'ensemble de sa conception de l'anarchie. Mais c'est précisément dans cet ouvrage que Proudhon, après avoir préféré dans les premiers mémoires la possession à la propriété, après avoir présenté, dans les Contradictions Econo-

(1) V. Corr., II, 366, la lettre du 8 mars 1849 par laquelle il annonce à Guillemin sa détermination de dissoudre la Banque du Peuple.

(2) æ. c., t. XVIIX, p. 121 et suiv.

(8) æ. 0., t. IX, p. 25.

(4) æ. e., t. XIX, p. 5 et suiv.

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