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miques la défense de la propriété comme une nécessité de dialectique plutôt que comme l'expression d’une conviction personnelle, après plus d’une hésitation et plus d'une contradiction, opta décidément pour la propriété. C’est bien la préoccupation politique qui peu à peu pénètre et progressivement transforme la doctrine économique ; ou encore c’est l’idée de liberté qui de plus en plus balance et finalement domine l'idée d’égalité (1).
Mais c’est aussi, tant se mélent intimement cheznotre auteur tous les ordres de recherches, sa conception de la propriété qui suit l’évolution générale de ses idées philosophiques. |
Ce que Proudhon attaquait, en 1840, dans la proprièté telle qu'il la: trouvait délinie par les juristes etles économistes, par le droit romain et le Code civil, c'était
son caractère d’absolu. « La propriété est le droit de jouir et de disposer des choses de la manière /a plus absolue ».…. c’est cette définition prise elle-même absolument — et sans tenir un compte suffisant de la restriction qui l’accompagne (2) — qui sert de point de
(1): V. notre étude sur les Tendances Maîtresses de Proudhon, Revue Socialiste, février et mars 1909.
(2) Karz Dies (loc. cit. p. 24 et suiv., t. I), et, après lui Tar- BOURIECH, Essai sur la Propriété, Paris, 1904, p. 62 et suiv, reprochent à Proudhon d’avoir pris comme point de départ de ses déductions une notion abstraile et générale de la propriété absolue, qui ne correspond à rien de réel. Il faut répondre à ce reproche que Proudhon ne fait ainsi qu’adopter le point de vue des
départ à sa critique. Et il semble bien que les observatons qu'il fit alors sur les abus de l’absolutisme propriétaire lui aient donné la première idée de cette condamnation de l'absolu, en tout et partout, qu'il nous présenta plus tard comme le principe et la fin de sa philosophie ? Et c'est aussi l'exemple de la propriété qui lui fit concevoir la possibilité de trouver, par delà l’antagonisme sans fin des principes absolus les idées synthétiques qui les concilient. La possession n’étaitelle pas déjà l’une de ces idées? Ne réunit-elle pas en elle, par l'effet d'une conciliation supérieure, tout ce qu'il y a« de vrai, de conforme au vœu de la nature et aux lois de la sociabilité (4) » dans ces deux idées impossibles et contradictoires que sont la propriété et la communauté ? « La communauté cherche l'égalité et la loi, écrit Proudhon dans la conclusion du Premier Mémoire, la propriété, née de l’autonomie de la raison et du sentiment du mérite personnel, veut sur toutes choses l'indépendance et la proportionnalité. Mais la communauté, prenant l’uniformité pour la loietle nivellement pour l'égalité, devient tyrannique et injuste : la propriété, par son despotisme et ses envahisse-:
juristes et des économistes qu'il critique. Tous, en effet, s’attachaient à défendre la même notion abstraite; Tarbouriech le montre tort justement lui-même. Et la critique de Proudhon aboutit précisément, dans ce premier Mémoire, à démontrer que toute propriété réelle, et surtout toute propriété juste (ce qu'il appelle possession) est une propriété restreinte, relative.
(1) Premier Mémoire, p.220, I.
EN de
ments, se montre bientôt oppressive et insociable ». II s’agit de trouver une troisième forme de société qui sera « la synthèse de la communauté et de la propriété (1) ». Proudhon lui donne dans ce passage lenom de liberté, mais c’est bien dans le régime de « la possession individuelle, condition de la vie sociale (2), » que cette société de liberté se réalise. Ainsi, longtemps avant de subir le tyrannique prestige de la dialectique hegelienne, Proudhon pratique déjà la synthèse des contradictoires (3). Mais la notion même de synthèse cessa bientôt de le satisfaire (4), vers 1854, il lui substitue l’idée d'équilibre. Il ne s’agit plus alors de nier
(1) Zbidem, p. 219.
(2) Ibidem, p. 222.
(3) IL n’ignore pas d’ailleurs, dès cette époque, qu'il fait usage d’une « formule hegelienne ». Zbidem, p. 202. Il écrira dans la théorie posthume : « Quelle était dès lors ma pensée? c’est que la propriété étant un absolu, une notion qui implique deux contraires, ou, comme je disais ayec Kant et Hegel une antinomie, devait être synthétisée en une formule supérieure qui, donnant également satisfaction à l’interêt collectif et à l'initiative individuelle, devait, disais-je, réunir tous les avantages de la propriété et de l'association sans aucun de leurs inconvénients. Je donnais à cette formule supérieure, prévue et affirmée par moi, dès 1840, en vertu de la dialectique hegelienne, mais non encore expliquée ni définie le nom provisoire de possession, terme équivoque, qui rappelait une forme d'institution dont je ne pouvais vouloir et que j'ai abandonnée » (Théorie de la propriété, p. 205).
(4) Théorie de la Propriété, p. 286, « vers 1854 je m'aperçus que la dialectique d’'Hegel .. était fautive en un point. l’antinomie ne se résout pas. seulement elle peut être balancée soit par l’équilibration des contraires, soil par son opposition à d’autres antinomies, » |