‹ P.-J. Proudhon et la PropriétéChapitre 22 sur 43 · ONE · texte numérisé non relu

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demandera à l’Assemblée de 1852 d’arrêter « en même temps que le fermage, ce morcellement absurde qui est un désastre pour la fortune publique » et de profiter « de la grande liquidation pour recomposer les hérilages et en empêcher à l'avenir la disséminatin » (1).

La « recomposition des héritages », tel est en dépit de tant d’apparences contraires le but permanent poursuivi par Proudhon, à travers cette polémique de vingt-cinq années, dont nous avons tâché de montrer l’ingéniosité, la variété et la vigueur. Qu'il parle de propriété ou de possession, l'idéal au fond est le même. 11 faut donner au paysan assez de terre pour qu'il puisse faire vivre sa famille; mais nul ne doit posséder plus de terre qu'il ne peut, avec l’aide des membres de sa famille, en cultiver. Ainsi déterminée, l'étendue de la propriété ou de la possession paysanne n’est pas considérable : « Il ne faut pas grande propriété pour se tirer d'affaire et vivre libre à la campagne. il ne faut que du nerf et de Factivité (2). » Proudhon, dans la Capacité politique des Classes ouvrières essayera de calculer ce qui peut être considéré comme nécessaire : « Une famille de paysans propriétaires, écrit-il, cultivant de leurs propres mains et composée en moyenne de quatre à cinq personnes

(4) Tdée Générale de la Révolution, X, 295.

(2) Corr., X, 17. Lettre à Charles Proudhon, 16 avril 1860.

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peut vivre à l’aise sur une propriété ainsi composée

Terrés arables. . . . . . . 3 Hect: » ares.

Vignes et jardins. . . . . . x» — 30 — PPOS Re a tete, MST Cultures diverses. . . + » — 12 —

Parts de jouissance dans les eaux et forêts, landes, bruyères, ete. » — 96 —

Ensemble .-. . . . - 4 Hect, 92 ares

En deux mots une famille de paysans, composée de quatre à cinq personnes, vivra à l’aise sur un patrimoiné d'environ 5 hectares de superficie. Elle trouveérà dans cette exploitation, outre la Contribution à payer à l'Etat, un supplément de denrées qui lui servira [à acquérir] les produits industriels, draps, linge, taillanderies mobilier, poterie, etc., dont se compose le ménage agricole : ce que nous évaluerons avec l'impôt au tiers de la consommation (1). »

Nous nous garderons de considérer ce mode de composition et cette étendue de la propriété paysanne comme un modèle à réaliser partout. Comme l’a fortement démontré M. Souchon (2), toute distinction des diverses propriétés agraires basée sur leur étendue est arbitraire parce que tout dépend'ici de la nature du terrain, de sa fécondité, des culturesauxquellesil est propre. Proudhon songe évidemment ici à ces premiers coteaux

(1) Capacité politique des classes ouvrières, édition de 1868,

(2) Souchon, La propriété paysanne, Paris, 1899, p. 2 et suiv.

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du Jura, où la vigne, les céréales, les pâturages, les bois, se mélangent harmonieusement, à ces jolis rivages du Doubs, de la Loue ou de l’Ognon, où il avait passé son enfance, et où tout son bonheur était d'aller jouir, dans les loisirs si rares que lui laissait sa vie de combattant, de l'existence simple et robuste des paysans de Comté. Mais son idéal de petite propriété rurale est indépendant de ces précisions locales. Et c’est bien à peu près celui que définit M. Souchon, quand il veut réserver le nom de propriété paysanne à ces « possessions moyennes, dont la récolte doit être assez abondante pour nourrir le maître et sa famille, à la double condition que cette famille ne soit pas excessivement nombreuse, et que tous ses membres consacrent leur activité au soin de l'exploitation (1). »

(1) Souchon, Zbidem, p. 10. Proudhon, Théorie de la Propriété, 2e éd., p. 77, trouve « la possession et l'exploitation du sol par indivis juste, féconde, nécessaire même, tant que la société exploitante n'excède pas les limites d’une proche parenté, — père, mère, aïeul et aïeule, enfants, beaux-fils et belles-filles, domestiques, oncles et tantes... »

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