CURE
ardeur de conviction. Et contre les Saint-Simoniens, contre Louis Blanc, qui veulent supprimer l'héritage parce qu'ils y voient le principal des avantages injustifiés dont jouissent les privilégiés d’aujourd’hui, il s’emporte en véhémentes invectives : « Au lieu d’abolir l’hérédité songez donc plutôt à faire cesser la deshérence.… Proscrire lhérédité parce qu’elle n’est pas encore effective pour tout le monde, c’est raisonner dans un sens matérialiste et contrerévolutionnaire ; c'est comme si on condamnait la France à ne manger que des pommes de terre et à boire de l’eau par compassion pour la malheureuse Irlande (1)? » C’est que l'abolition de l’hérédité, c’est aux yeux de Proudhon, la destruction de la famille : « L'hérédité est l'espoir du ménage, le contre-fort de la famille... Sans l’hérédité, non seulement il y a plus d’époux ni d’épouses, iln’y a plus ancêtres ni descendants. Que dis-je, il n’y a pas même de collatéraux puisque malgré la sublime métaphore de la fraternité citoyenne, il est clair que si tout le monde est mon frère, je n'ai plus de frère. C’est alors que l’homme, isolé au milieu de ses compagnons, sentirait le poids de sa triste individualité, et que la société, privée de ligaments et de viscères par la dissolution des familles et la confusion des ateliers, pareille à une momie desséchée, tomberait en poussière (2). » Au surplus, abo-
(4) Contr. Ec, V, 205.
(2) Contr. Ec., V. 201. V. aussi Programme révolutionnaire aux Electeurs de la Seine, XVII, 44 et 55. « La révolution de 1848
Berthod 1