‹ P.-J. Proudhon et la PropriétéChapitre 35 sur 43 · AI · texte numérisé non relu

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légiés épouvantés, le Socialisme est une tendance : la tendance vers l’organisation de l'égalité dans l'humanité.

« Pour celui qui aime les définitions précises je crois qu’on peut dire que le Socialisme est une science : la science de l’homme en société. (1)

«Il s’en suit que la question est double : 1° M. Proudhon est-il animé de cette tendance ? 2° M. Proudhon possède-t-1l cette science ?

« M. Proudhon n'est point socialiste ! mais qui donc a fondé le Socialisme sur les bases mêmes du droit naturel, et qui en a fait d’une secte qu'il était, le parti grandissant de l'opposition constitutionnelle ?

« Qui donc a démontré que l'égalité était au fond de tous les arguments invoqués par la propriété, et que le principe égalitaire était la base rationnelle de toute société ? |

« Qui a démontré cette formule vraiment organisatrice, négation de tout privilège : la diversité des facultés est la condition de légalité ?

« Qui a fait sortir des arguments de l'économie politique la théorie de l’équivalence, et qui a fondé, comme sur une base inébranlable, l'association sur la division du travail et la solidarité sur la force collective ?

« En disant que M. Proudhon n'était point partisan de l'association, M. Pierre Leroux a-t-il voulu dire que

(4) Nous n’avons pas besoin de faire toutes nos réserves sur la précision prétendue d'une telle définition.

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son contradicteur plaçait peu d'espérance dans la réunion de quelques travailleurs groupés autour d'une idée exclusive ? Pour qui croit.que le Socialisme a pour mission d'organiser l'association humaine, ces essais

peuvent inspirer de la sympathie, mais point de con- | fiance.

« Il ne s’agit point de fonder des phalanstères ou des communautés. Les couvents de la Thébaïde ont prouvé que ces généreuses tentatives ne changent rien au train du monde. La mission du xix° siècle est de faire abou” tir le mouvement de l'humanité à l'égalité vers laquelle elle se précipite, et à organiser l'association suivant les lois du juste. M. Proudhon les ignore-til et n’estil point de son siècle ?

« Du socialisme que lui manque:t-il? La tendance ou la science ?...»

Nous ne voulons pas commenter en détail cette longue et curieuse lettre. Nous ne la citons ici que comme un signe de l'influence profonde exercée sur Emile de Laveleye, à un moment de sa vie, par la lecture de Proudhon, et spécialement par le premier mémoire sur la propriété. On n'aura pas de peine à reconnaître cette influence dans ses ouvrages, et en particulier dans cette étude sur la Propriété et ses formes primilives qui est le plus considérable et fonda sa réputation de sociologue et d’économiste. Qu’on relise, dans le dernier chapitre, cette « théorie de la propriété », où le nom de Proudhon n’est pas cité (comme si l’on re-

doutait d’avoir avec soi cet allié si longtemps compromettant), elle est tout entière d'inspiration proudhonnienne, et reproduit, dans son dessin général et parfois Jusque dans les mots l’argumentation du premier Mémoire. Critique des thèses qui prétendent fonder la propriété sur le consentement universel, sur l'occupation, sur le travail, sur le contrat, sur la or, sur le droit naturel, Laveleye né fait en réalité que reprendre, éclaircir et compléter (1) les raisonnements de Proudhon. Et c'est dans le sens de Proudhon, — du Proudhon des premières années — qu'il conclut : « Faute de connaitre les faits, la plupart des juristes et des économistes ont fondé la propriété sur des hypothèses contredites par l’histoire, ou sur des raisonnements dont la conclusion était en opposition avec ce qu'ils voulaient démontrer. Ils s’efforçaient d'établir la légitimité de la propriété guirilaire, que le droit romain nous a léguée, et prouvaient, au contraire, que la propriété naturelle, telle qu'elle a été établie chez les peuples primitifs, était seule conforme à la justice » (2). Mais cette propriété naturelle, défendue par Laveleye, qui

(1) Il les complète notamment en ceci qu'aux théories critiquées par Proudhon il ajoute la théorie fondée sur ce qu'il appelle « le droit naturel économique », c'est-à-dire sur l'accroissement de productivité qui résulte de la propriété privée. C’est un argument que Proudhon n’a pas ignoré cependant, et qu’il reprend en faveur de la propriété dans les Contradictions Economiques.

(2) V. De la Propriété et de ses formes primitives, quatrième édition, p. 542.

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