‹ P.-J. Proudhon et la PropriétéChapitre 36 sur 43 · STE · texte numérisé non relu

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doit être réglée de manière que tout homme puisse également y accéder, et dont on trouve le type dans les institutions des peuples primitifs, c'est exactement ce que Proudhon désigne d'u nom de possession (1).

© Quant à Charles Renouvier, il faut lire, dans le Peuple du 11 décembre 1848, l’article enthousiaste dont Langlois, le fidèle ami de Proudhon, saluait la deuxième l'édition de ce Manuel républicain de l’homme et du citoyen, qui avait occasionné, quelques mois auparavant, la chute d'Hippolyte Carnot (2).

« Nous avons lu la seconde édition de son Manuel, écrit Langlois, et nous qui avons la prétention de n’avoir jamais dissimulé n1 notre but, ni nos moyens, nous sommes forcés de reconnaitre dans le citoyen Ch.-Renouvier un des socialistes les plus avancés de ce temps.

« Le Peuple, nous en sommes certains, accueillera avec enthousiasme cette adhésion franche et nette d’un citoyen aussi éminent dans la science que le citoyen Ch. Renouvier ; et s’il est possible, cette adhésion lui donnera une foi plus grande dans la réalisation prochaine des doctrines sur lesquelles il fonde toutes ses

(1) Comme beaucoup de ceux qui commencèrent par s'inspirer de lui, E. de Laveleye sera plus tard assez injuste pour Proudhon. « Proudhon est un dialecticien étincelant, écrira-t-il dans son ouvrage sur le Socialisme contemporain, mais il n’a eu d'idées nettes sur rien, et par suite, il est plein de contradictions. » Em. de Laveleye, le Socialisme contemporain, 2e éd. Pari:, 1885, p. 223.

(2 À la séance du 5 juillet 1848, sur l’interpellation du député Bonjean.

espérances... Il lira le Manuel, surtout lorsqu'il saura que ce manuel est précédé d'une préface où l’auteur s'est élevé aux considérations les plus hautes, les plus nobles, d’une préface qui est un magnifique manifeste, un manifeste socialiste comme nous voudrions en voir signer un par la jeune Montagne. »

: Curieuse préface en vérité, ardente, révoltée, violente presque; protestation superbe d'un libre et généreux espritqu'exaspéraif, après les grands espoirs de février, le progrès rapide de la réaction.

« Le socialisme triomphera, s'écrie Renouvier. Il triomphera parce qu'il possède un principe; il a une volonté, un amour. Hors du socialisme je ne vois que des principes affaiblis représentés par des hommes repus et caducs. Ce sont là des ombres du principe. Mais l’égoisme s’est serré, concentré derrière ces ombres... (1) »

Mais le socialisme, aux yeux de Renouvier, en ces derniers mois de 1848, c'est surtout Proudhon.

« Le grand esprit qui a juré de détruire la propriété, continue-t-il, nous a depuis expliqué son serment ; ce qu'il nommait alors propriété n’est point la juste possession, mais le privilège, le monopole, le droit exclusif de quelques-uns surla production et la circulation de de toutes les valeurs. Que le crédit gratuit renverse les barrières des seigneurs, et la propriété sera vrai-

(1) Manuel, 2e édition, p. 8.

ment un droit de l’homme, parce que tout homme en

aura (1). »

Considérer la rente, comme « un abus, une forme impie » de la propriété, chercher dans le crédit gratuit la solution, ou du moins l'un des éléments essentiels de la solution du problème social (2), Renouvier en était là en 1848. N'est-il pas vrai que la pensée proudhonienne agissait fortement sur lui (3) ?

Renouvier fut plus tard moins affirmatif surla valeur pratique des conclusions de Proudhon (4). Mais 1l garda toujours sa sympathie au penseur incomplet et profond, trouble et génial, qui seul, entre tant de réformateurs faisant l’apologie de la bonne nature ou célébrant la sainteté des passions avait placé au-dessus de tout la Justice et dit la majesté de la loi morale.

(4) Manuel, p. 48.

(2) Zbidem, p. 48 et 49.

(3) Action nullement exclusive, en’vérité, de celle des autres écoles socialistes. On sait que Renouvier avait commencé par être Saint-Simonien. Il insiste avec Fourier sur l'importance de l'association, avec Louis Blanc, sur le droit au travail, il oppose avec Pierre Leroux, la propricté caste à la propriété légitime. V. la notice d'Emile Thomas à la troisième édition du Manuel, Paris, Colin 1904, encore que l’auteur paraisse bien mal connaître Proudhon. Ne semble-t-il pas considérer comme une différence entre Proudhon et Renouvier le fait que celui-ci « sut toujours être socialiste sans abandonner la liberté de l'individu, et qu'il subordonna toujours à la morale la politique et l'économie » (Notice, p. 31). C'est là au contraire l’un des points de contact les plus certains des deux philosophes.

(4) V. Emile Thomas, Loc. cit,, p. 171 note 2 et 176 note 2.

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