‹ P.-J. Proudhon et la PropriétéChapitre 5 sur 43 · SPORE · texte numérisé non relu

SPORE

broise s’écrie à cette occasion : EX vestié usura est, et esca usura est. Voici sous forme de série le raisonnement de ce père :

Argent pour loyer d'argent

Hahit pour loyer d'argent

Denree pour loyer d'argent usure.

Meuble pour loyer d'argent

Toutes choses enfin pour loyer d'argent

« On a peine à comprendre aujourd’hui comment une vérité si simple pouvait paraître obscure aux dévots de l'Eglise primitive. Or, nous sommes tout aussi peu raisonnables comme on va le voir par la série suivante, qui n'est que la première retournée :

Argent pour loyer d’argent.

Argent pour loyer de meuble .

Argent pour loyer de maison .

Argent pour loyer de pré

Argent pour loyer de champ

Argent pour loyer de quoi que ce soit.

usure.

« Voilà ce que depuis saint Ambroise qui avait fait, comme on voit la moitié du chemin, l’église catholique n'a pu comprendre, J'ai consacré six cents pages à démontrer cette série sous toutes ses faces. Bien que je n’eusse pas conclu au partage des biens, j'ai converti peu de monde (1). »

On saisit le procédé. Nous ne voulons pas ici en dis-

(1) Création de l’ordre, p. 149-150.

cuter la valeur, ni chercher si l'application qu’en fait Proudhon est toujours conforme aux règles qu'il pose lui-même. Il serait aisé de montrer qu'il se contente souvent d’analogies vagues ou purement verbales, là où le raisonnement exigerait, pour être valable, la rigoureuse identité des faits. Mais nous ne voulons qu'expliquer-la formule retentissante du premier Mémoire. Elle est la conclusion, ou, plus exactement, l'expression d’une série.

Cette série, Proudhon la pressentait dès l’époque où il écrivait son Mémoire sur La célébration du dimanche ; où plutôt, il la découvrait, très explicitement formulée déjà, dans ces livres saints, dont il avait pris une connaissance si complète, alors qu'il imprimait chez Gauthier frères, les publications de l’archevéché (1). « Zune voleras pas, dit le Décalogue, c’est-àdire, selon l'énergie du terme original lo fhignob, tu ne détourneras rien, tu ne mettras rien de côté pour toi. L'expression est générique comme l’idée même ; elle proscrit non seulement le vol commis avec violence et par la ruse, l’escroquerie et le brigandage, mais encore toute espèce de gain obtenu sur les autres sans leur plein aquiescement. Elle implique, en un mot, que toute infraction à l’égalité de partage, toute prime arbitrairement demandée et tyranniquement perçue, soit dans l'échange, soit sur le travail d'autrui est une vio-

(1) V. Sainte-Beuve, P.-J, Proudhon, p. 20.

De dr ER

lation de la justice commutative, est une concus-. sion (1) ». C'est cette série, autant au moins que la précédente, que Proudhon retourne sous toutes ses faces, dans les trois Mémoires sur la Propriété. Nous la retrouverons, plus complète et plus claire, dans les Contradictions Economiques : « Le rapt du bien d’autrui s'exerce par une infinité de moyens, que les législateurs ont soigneusement distingués et classés, selon leur degré de brutalité ou de finesse, comme s’ils eussent voulu tantôt punir, tantôt encourager le larcin. Ainsi l’on vole en assassinant sur la voie publique, isolément ou en bande, par effraction, escalade, elc... par soustraction simple, par faux en écrilure publique ou privée, par fabrication de fausse monnaie. Gette espèce comprend tous les voleurs qui exercent sans autre moyen que la force ou la fraude ouverte... On vole par escroquerie, abus de confiance, loterie et jeux..: Aujourd’hui encore et par tout pays, c’est un genre de mérite fort considéré chez les paysans, dans le haut et petit commerce que de savoir faire un marché, ce qui veut dire duper son monde. La première vertu de la mère de famille est de savoir voler ceux qui lui vendent ou qu’elle occupe... On vole par usure. Cette espèce, si odieuse autrefois dans l’église et punie si sévèrement encore de notre temps, ne se distingue point du prêt à intérêt, l’un des ressorts les

(1) De la célébration du dimanehe. I, 148.

Berthod

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