‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 100 sur 169 · I. Ih · texte numérisé non relu

I. Ih

a. Contradictions cconoi)n(]ues, p. 384.

3. Comp. Confessions d'an réujialionnaire, pp. 12 et 320 à 339.

4. Idée (jènérale de la Révolution au xix' siècle, pp. 11 3, 317 à 319,

l'Ji PROUDHON

Le petit catéchisme politique pose et résout les questions avec un suicroît de précision. D. A qui la direction du pouvoir social? R. A tout le monde, ce qui veut dire à personne. D. Donnez la synonymie du pouvoir. Considéré comme apanage du prince, comme son établissement, sa profession, son métier, le pouvoir social a été dit l'Etat. La Révolution, transportant du prince au pays la propriété du pouvoir, a conservé ce mot, synonyme aujourd'hui de res publica, république. En tant que le personnel du pouvoir est censé régir la nation et présider à ses destinées, on donne à ce personnel et au pouvoir lui-même le nom de ffouvernement, expression aussi fausse qu'elle est ambitieuse. En principe, la société est ingouvernable; elle n'obéit qu'à la Justice, à peine de mort. En fait, les soidisants gouvernements, libéraux et absolus, avec leur arsenal de lois, de décrets, d'édits, de statuts, de plébiscites, dérèglements, d'ordonnances, n'ont jamais gouverné qui ou quoique ce fût. Quelle que soit la puissance de l'être collectif, elle ne constitue pas pour cela, au regard du citoyen, une souveraineté : autant vaudrait presque dire qu'une machine dans laquelle tournent cent mille broches est la souvei*aine des cent mille fileuses qu'elle représente.

Cet exposé dogmatique serait incomplet si nous le séparions de la polémique furieuse que Proudhon engagea contre les coryphées du jacobinisme. Les anarchistes, a-t-il dit dans les Confessions d'un révolutionnaire, sont les plus grands ennemis des jacobins parce que le jacobinisme est une secte autoritaire. A la honte du dix-huitième siècle et du nôtre *, le Contrat social de

I. V., pour le développement de l'analhème lancé contre J.-J.

Rousseau, chef-il'œuvre de jonglerie oratoire, a été admiré, porté aux nues, regardé comme la table des libertés publiques; constituants, girondins, jacobins, cordeliors le prirent tous pour oracle, et c'est encore de ce livre que s'inspirent aujourd'hui les plus zélés réformateurs de la science politique et sociale. Le peuple traînera le cadavre de l'auteur à Montfaucon le jour où il aura compris le sens de ces mots : liberté, justice, morale, raison, société, ordre... Jamais homme (il s'agit toujours de Rousseau) n'avait réuni à un tel degré l'orgueil de l'esprit, la sécheresse de l'âme, la bassesse des inclinations, la dépravation des habitudes, l'ingratitude du cœur; jamais l'éloquence des passions, l'ostentation de la sensibilité, l'effronterie du paradoxe n'excitèrent une telle fièvre d'engouement... C'est à lui qu'il faut rapporter, comme à sa cause, la grande déviation de 1793, expiée déjà par cinquante-sept ans de bouleversements stériles... Rousseau n'a pas compris que « l'idée « de contrat est exclusive de celle de gouvernement » : cela suffît à Proudhon pour voir dans le Contrat social le code de la tyrannie capitaliste et mercantile, un pacte de haine, un serment de guerre sociale, l'organe d'une coalition monstrueuse contre les déshérités du prolétariat. Robespierre n'est pas mieux traité : son crime est d'avoir entrevu la possibilité de modifier la forme du gouvernement sans supprimer le gouvernement luimême 1. Jamais Proudhon, voulant qualifier un adversaire, n'avait tiré de son répertoire une telle profusion d'aménités : reptile ! satellite du gouvernement! sycophante delà Révolution! làtard de Loyola! Tartuffe

Rousseau, L'Idée générale de la Révolution au xix' siècle, pp. lr>./^ à 135.

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