‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 111 sur 169 · La (juerre et la paix, 1. 1, p. agi · texte numérisé non relu

La (juerre et la paix, 1. 1, p. agi

PROUDHO^ ET L'ANARCHIE £07

vertu de ce pacte, chaque citoyen n'ahandounait plus qu une partie de sa force et de sa liberté afin de créer « une force publique capable de vaincre toutes les ré- (( sistances particulières » en assurant à tous .justice et protection. La même idée devait être reproduite en d'autres termes dans le « traité du principe fédératit ». Kropotkine ig-uora-t-il ou feig-nit-il d'ig-norer ce revirement ? S'il le connut, il eût dû confesser que le père de l'anarchie s'était réfuté lui-même. Armer un être extérieur, qui se distingue des contractants, ne fût-ce que pour g-arantir et procurer à la collectivité l'e.xécution du contrat, c'est renoncer à « la désorg-anisation de l'au- (( torité publique de quelque nature qu'elle soit » : l'autorité renaît de ses cendres.

On ne résout pas mieux le problème en annonçant a que le système g-ouvernemental » sera désormais immergé « dans le système économique * » et que le pouvoir doit « s'absorber dans l'organisation industrielle- ». D'après Proudhon, l'humanité a dû vivre et la civilisation se développer depuis six mille ans sous l'inexorable joug- du régime autoritaire, dont le premier terme est le Désespoir et le dernier la Mort ; mais audessous de l'appareil gouvernemental, loin des regards du prêtre et du magistrat, la société produisait lentement et silencieusement son propre org-anisme ayant pjur formes d'action : la division du travail qui substitue la classification par industries à la classification par castes ; la force collective, principe des compagnies ouvrières, qui remplaceront les armées; le commerce, forme concrète du contrat, qui remplace la loi ; l'égalité d'échang'e; la concurrence; le crédit qui centralise les

I. Idée générale de la Révjlulion, etc., p. i(j6. ■î. Confessions d'un révolutionnaire, p. 33.

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intérêts comme l'antique hiérarchie centralisait Vobéissance; l'équilibre des valeurs et des propriétés. Entre le rég"ime politique, qui est essentiellement de droit divin, et le résime économique, qui est de droit humain, il faut opter, parce qu'il n'y a pas de fusion possible '.

Mais il faut s'entendre. Proudhon note avec raison les proi^-rès de la vie économique à la surface du g-loLe, la multiplicité, la régularité des échanges, la puissance fécoudedo' l'association, l'accroissement g-énéral du bienêtre : le sophisme consiste à déduire de ces progrès « l'élimination de la fonct;0:i g-ouvernementale ». L'ordre social ne peut pas» résulter du seul fait des ti'ansactions et des échang-es^ » parce que les hommes ne se borneront jamais à répéter : Deux et deux font quatre. Les « fonctions politiques» peuvent d'autant moins être « ramenéesaux fonctions industrielles» que leplusintense déVc'loppement de la vie industrielle ne fera pas sortir du sol une race nouvelle, composée de calculateurs exacts et de philosophes pratiques, e.vclusivement soucieuse d'échang-er des produits contre des produits, dépouillant à la fois toutes les traditions et toutes les ambitions du g-enre humain. Enfin, pour mettre a l'identité des intérêts » à la place de la « police », il faut supposer que les conflits d'intérêts inhérents à la nature des choses cesseront soit entre les individus, soit entre les g-rcupes, que d'un bout à l'autre du monde tous les hommes et toutes les races s'entendront sur leur participation aux charg-eset aux bénéfices de leur association g-ig-antesque, ({ue toutes les rivalités séteiaJront dans un embrassement universel et perpétuel, ce qui est absurde.

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