CHAPITRE III
ABOLITION DES CONSTITUTIONS, DU SUFFRAGE, DU POUVOIR LÉGISLATIF ET DU POUVOIR EXECUTIF
Anathème aux constitutions ; distinction de la constitution /)o////yHe et de la constitution sociale. — Critique du suffrage universel. — Critique de la « souveraineté du peuple » et de la « législation directe ». — Critique de la représentation et du parlementarisme. — Abolition des lois. — Anathème à la séparation des pouvoirs. — Abolition du pouvoir exécutif. Inconséquences inévitables. — Comment les armées doivent être supprimées et remplacées. — Evolution fédéraliste. — Proudhon,Bakounine et la commune de 1871 .
Que subsistera-t-il, dans la Jérusalem nouvelle enfantée par l'anarchie, des anciens pouvoirs publics ?
Proudhon, membre de l'Assemblée constituante, écrivait au Moniteur le 4 novembre 1848 : « J'ai voté « contre la constitution non point par un vain esprit « d'opposition ou d'ag-itation révolutionnaire, parce (( que la constitution renferme des choses que je vou- « drais ôter ou que d'autres ne s'y trouvent pas que « j'y voudrais mettre. J'ai voté contre la constitution « parce que c'est une constitution. ;) Il est certain qu'un peuple peut, à la rigueur, se passer d'une loi constitutionnelle écrite, et c'est ainsi que nos voisins d'outre-Manche, quoi(|ue possédant une constitution très ancienne, très solide, se sont abstenus de classer sous une étiquette spéciale, dans la collection de leurs lois, les lois fondamentales. Mais Proudhon va plus loin.
Il existe, à ses yeux, en toute société, deux espèces de constitutions : la constitution sociale et la constitution politique; la première, intime à l'humanité, libérale, nécessaire et dont le développement consiste surtout à écarter peu à peu la seconde, essentiellement factice, restrictive et transitoire. La constitution sociale n'est autre chose que l'équilibre des intérêts fondés sur le libre contrat et l'org-anisation des forces économiques. « La constitution politique a pour principe l'autorité ; « ses formes sont : la distinction des classes, la sépara- « tion des pouvoirs, la centralisation administrative, la (( hiérarchie judiciaire, la représentation de la souverai- « neté par l'élection, etc. *. » Ces deux constitutions sont de nature diverse et même « incompatible » : org-aniser le travail, le crédit, l'assistance, c'est affirmer la constitution sociale : or celle-ci subalternise et nie l'autre. II ne subsistera donc dans la cité nouvelle, sur les débris des constitutions écroulées, qu'une masse de citoyens libres, transig'eant sur leurs intérêts tantôt |iudividuellement, tantôt en conseils et remplissant, sans intermédiaires, toutes les charges du travail et de la société. C'est toujours le développement du même paradoxe, qui consiste à ne voir dans la vie de l'humanité qu'une série non interrompue d'cchang-es, souverainement et perpétuellement réglés par l'identité des intérêts. La réponse est simple : une fois que l'Etat se fonde, parce que l'individu ne peut pas se défendre lui-même contre tous les ennemis du dedans ou du dehors, chacune des principales subdivisions du genre humain est conduite à dresser son plan de défense, à en réunir les premiers éléments, à en tracer les grandes lignes. Ainsi se