Confessionx d'un révolutionnaire, p
2. La Révolution sociale dé montrée par le coup d'Etat du 2 décembre, p. 49-
PROUDHON ET LANARCHIE 213
Mais c'est dans le Petit catéchisme qu'il donne à la thèse anarchiste sa formule « scientifique y» et définitive.
D. Laquelle desjorines gouvernementales préférezvous ? R. « Aucune : à part ce qu'elles tiennent de la « nature des choses et qui fait d'elles l'expression du « génie des peuples, leurs défauts sont les mêmes... » Pour que nul ne s'v méprenne, il va poser une seconde question : qui dit démocratie, cependant, dit rétablissement de la nation dans la propriété et jouissance de ses forces : d'où vient que vous condamnes cette forme de gouvernement comme les autres ? Tant que la démocratie ne s'est pas élevée à la -sTaie conception du pouvoir, répond-il, elle ne peut être, comme elle n'a été jusqu'à ce jour, qu'un mensonsfe, une transition honteuse et de courte durée, tantôt de l'aristocratie à la monarchie, tantôt de la monarchie à l'aristocratie. Les républicains de g-ouvernement. les socialistes eux-mêmes ne lui pardonnèrent pas cet excès d'audace ^ et le traitèrent à peu près comme Liebknecht traite à l'heure actuelle les anarchistes contemporains.
Proudhon donna deux coups de chapeau, durant sa longue carrière, au sufFras^e universel : le premier dans le post-scriptum des Confessions, lorsqu'il prédit que ce suffrage, après avoir nommé pendant un certain nombre d'années des orléanistes, des légitimistes, des bonapartistes, des prêtres, de hauts bourgeois, finirait par élire « une majorité profonde et compacte de socia- « listes, d'anarchistes, d'athées, de meurent-de-faim et, « pour président. Blanqui, Greppo, Adam le cambreur, « ou tout autre » ; le second, deux ans avant sa mort.
I. Proudhon se plaint très amèrement, dans les Confessions d'an révolutionnaire, d'avoir été espionné, renie et dénonce par ses coreliffionnaires. V. encore l'avant-propos du « traité du princij>e fédératif ».
dans deux lig-nes de son traité « du Principe fédératif », en reconnaissant que le suffrage universel devrait « for- (( mer la base du gouvernement » dans les Etats confédérés. Mais telle n'est pas la substance de sa doctrine et quand Bakounine, son héritier direct, puis les anarchistes traduits en i883 devant le tribunal de Lyon, plus tard Elisée Reclus, Emile Henry, se prononcèrent contre le suffrag-e universel, ils ne firent que reproduire l'enseignement du maître. Ce suffrage, avait-il dit (29 avril 1848), est une sorte de théorie atomistique par laquelle le législateur, incapable de faire parler le peuple dans l'unité de son essence, invite les citoyens à exprimer leur opinion par tête, viritim, absolument comme le philo sophe épicurien explique la pensée, la volonté, l'intelligence par les combinaisons d'atomes ; comme si de l'addition d'une quantité quelconque de suffrages pouvait jamais sortir l'idée générale, l'idée du Peuple!... Le moyen le plus sûr de faire mentir le Peuple est d'établir le suffrage universel... Le suffrage universel est le matérialisme de la république. Plus on emploiera ce système (jusqu'au jour où la révolution économique ne sera pas un fait accompli), plus on rétrogradera vers le despotisme et la barbarie, et cela d'autant plus sûrement que les votes seront plus nombreux , plus raisonnés, plus libres. Proudhon s'avisa donc de proposer (3o mai i848) ce que proposent en Belgique depuis quelques années, pour tempérer la puissance du nombre. MM. Prins, Ch. Morisseaux, H. Denis, de Greef, etc., ce que M. E. d'Eichîal vient de juger, chez nous, applicable et même désirable, dans certaines limites, en ce qui concerne la chambre haute * : les députés à l'assem-