I. Comp. E. d'Eichlul, ib., pp. 201 et
que vaut-il? quel rapport entre l'opinion, plus ou moins sincère, des votants et cette chose qui domine toute opinion, tout vote, la vérité, le droit? le suffrag-e universel est une loterie ! le suffrag-e universel est un enfantillag-e ! Rien n'est moins démocrate, au fond, que le peuple, répétera-l-il après le coup d'Etat; ses idées le ramènent toujours à l'autorité !d'un seul... Le suffrag-e universel est la pierre d'achoppement de la liberté... Sa correspondance de i852 et de i853 contient l'expression, plus violente encore, de sa répulsion et de sa rancune. Il va jusqu'à dire dans une lettre du 27 septembre i853 : « Dès que le suffrag-e universel devient la loi de la na- « tion, il doit arriver infailliblement que la volonté « sociale soit viciée dans ses manifestations lég-itimes. » Cinq ans plus tard, son opinion s'est encore affermie: tel que l'ont fait depuis 1789 toutes les constitutions, liton dans le Petit catéc/iis/ne, le suffrage universel est l'étranglement de la conscience publique, le suicide de la souveraineté du peuple, l'apostasie de la Révolution. C'est à la môme époque qu'il lance sa phrase la plus sonore : « L'urne populaire est encore au-dessous de la <( sainte ampoule mérovingienne», et la formule tapag-euse ravira ses disciples, qui broderont sur ce thème un grand nombre de variations. Voici la paraphrase de Most : « 11 n'y a qu'un lâche, capable de trahir la cause VI du travail, qui puisse encore. recommander au peuple « l'urne électorale comme un moyen de libération * ». Le suffrag-e universel est infecté de deux vices principaux aux yeux des anarchistes : il ne creuse pas un abîme assez profond entre les classes ; il n'a pas le « sens du négatif » et par suite peut être encore un élément quelconque d'organisation politique.