‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 120 sur 169 · I. Idée générale de la Réuoliilion, etc., p. i5o · texte numérisé non relu

I. Idée générale de la Réuoliilion, etc., p. i5o

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trouve plus dans le catéchisme anarchiste de NestchaïefF, où la morale est honnie à l'égal de la loi. C'est ce qu'a formellement proscrit Hertzen en déclarant que a la « république intérieure doit être fondée par l'émanci- « pation de toute obligation imposée à l'individu ». Les théoriciens de la propag-ande par le fait ne pouvaient pas réserver, à l'exemple du maître, la maxime évang-élique.

La « séparation des pouvoirs » est un mode de constitution du pouvoir et devient par conséquent un nonsens dans l'idéale cité de l'anarchie. Proudhon l'entendit bien ainsi. La république impliquait à ses yeux, en septembre i848, avec la division des fonctions, « l'indice visibilité du pouvoir » : le support le plus ferme du despotisme se trouvait être alors, selon lui, dans celte distinction des pouvoirs en lég-islatif exécutif,et judiciaire; distinction où la liberté, l'éi^alité, la responsabilité, les principes de justice et d'ordre périssaient tous. Deux mois plus tard^ effrayé par la perspective du lo décembre, il répétera que la ppusée et l'action doivent être, dans le g-ouvernement comme dans l'homme, indivisiblomcnt unies : il poussera donc l'Assemblée constituante, « repré- « sentant la nation, » à prendre en main le pouvoir exécutif comme le pouvoir législatif, non point par délég-ation à des ministres, comme le supposaient l'amendement Grévy et l'amendement Flocon, mais par elle-même, en divisant le travail entre ses comités, lesquels nommeraient chacun leur ministre et leurs ag-ents.

L'année suivante, à vrai dire, dans la première édition dos Confessions, il cessait d'aspirer à la concentration des pouvoirs entre les mains d'une chambre ; l'ordre gouvernemental étant donné, le despotisme des assemblées lui semblaitcent fois pire que l'autocratie d'un seul,

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un être collectif restant inaccessible aux considérations d'humanité, de modération, etc., qui mènent les individus: mieux valait donc encore diviser l'autorité, faire de l'un des pouvoirs le contrôleur de l'autre. Mais, en dehors de l'ordre g^ouveinemental et pour quiconque veut accélérer la constitution des forces économiques, la séparation des pouvoirs n'est encore qu'une manière c de faire (( participer les classes favorisées au bénéfice du g-ouver- « nement » : elle ouvre la porte aux corruptions, aux coalitions, aux déchirements, aux compétitions et doit aboutir à la guerre civile. D'après le Petit catéchisme, où le père de l'anarchie dog-matise, la division des pouvoirs n'est que l'unité même du pouvoir, considérée dans la diversité des g-roupes qui le forment : selon que l'observateur se place au centre du faisceau et de là parcourt la série des groupes, le pouvoir lui paraît divisé; selon qu'il regarde la résultante des forces en rapport, il voit l'unité : toute autre division est « impossible », et c'est pourquoi « le pouvoir législatif ne se distingue « pas du pouvoir exécutif ». Proudhon ne compose avec la théorie classique de Montesquieu qu'à la dernière heure, dans son traité « du principe fédératif ^ » ; mais le révolutionnaire de i863 est un Proudhon dégénéré.

C'est au pouvoir exécutif que l'anarchie doit, en bonne logique, réserver ses meilleurs coups parce qu'il est la forme tangible et nécessaire de l'autorité. Proudhon avait enseigné, dans son premier mémoire sur la propriété, que ce pouvoir devait résider dans le peuple lui-même et que, tout citoyen pouvant affirmer (( ceci est vrai, cela est juste », le « glaive de la loi » devait être

I. « Dans tous les Etats confédérés, le gouvernement est organisé « selon le principe de la séparation des pouvoirs » (p. 3i5).

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remis à chaque citoyen. C'était supprimer la force publique en lui substituant l'effroyable multiplicité des forces individuelles. La raison de ce g-âchis, c'est que, le pouvoir exécutif étant sorti des nécessités factices « de la législation civile, de l'administration et de la justice », la force publique servait uniquement à « conduire la (( g-uerre offensive et défensive contre le prolétariat ». Le prince s'est, un certain jour, proclamé défenseur du pauvre, de la veuve, de l'orphelin; il a promis d'assurer la liberté, l'égalité, de venir en aide au travail, d'écouter la voix du peuple, et le peuple s'est jeté dans les bras du pouvoir. S'apercevant à la longue que le pouvoir était contre lui, il a sottement accusé le prince au lieu de s'en prendre à l'institution. Lorsque les soi-disant théoriciens de la souveraineté du peuple prétendirent que le remède à la tyrannie du pouvoir consistait à le tirer du suffrage populaire, ils ne firent, comme l'écureuil, que tourner dans leur cage; car du moment que les conditions constitutives du pouvoir, c'est-à-dire l'autorité, la propriété, la hiérarchie sont conservées, le suffrage du peuple n'est plus que leconsentement du peuple à son oppression, « ce qui est du plus niais charlatanisme ». Il faut subalterniser la classe des fonctionnaires dits publics, véritable domesticité sociale, pour arriver à l'élimination prog-ressive du pouvoir.

Proudhon s'évertue à démontrer que les fonctionnaires de l'Etat sont des « improductifs », parce que leurs services ne tombent pas sous la loi de l'échang-e et ne peuvent devenir l'objet d'une spéculation particulière, d'une commandite, d'aucune espèce de commerce. Il faudra donc, avant de supprimer cette « cinquième roue du char de l'humanité » qu'on nomme l'État, subordonner entièrement à l'industrie ce pouvoir qui, ne con-

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courant pas au développement de la richesse, ne concourt pas au perfectionnement de l'ordre social *, Le premier sophisme consiste à n'envisager dans l'humanité que quatre divisions du travail : extraction, industrie, commerce, agriculture, et à vouloir jeter par la fenêtre quiconque n'apporte pas sur le marché quelque produit effectif fourni par une de ces quatre catég-ories industrielles : on ne saurait imaginer une conception plus étroite et plus inexacte des relations sociales. Le deuxième sophisme saute aux yeux : comment ne pas apercevoir que ces producteurs ne pourront pas concourir en dehors de certaines conditions au développement de la richesse ? qu'une de ces conditions élémentaires est la sécurité des échanges et que ces « improductifs » apportent, en assurant cette sécurité, leur contingent à la production ?

D'ailleurs il n'y a pas moyen de pousser ce faux raisonnement jusqu'au bout, et c'est ce que Proudhon se charge de démontrer lui-même (octobre 1849), en tâchant de faire comprendre ce que serait l'exécutif dans la nouvelle constitution anti-gouvernementale.» Là le pouvoir, (( quel que soit le nom que vous lui donniez, ramené à (( ses justes limites, qui sont, non de légiférer m à'exé- «. cuter, pas même de combattre ou de Juger, mais « d'assister, comme commissaire, aux prêches, s'il y a ft des prêches, aux débats des tribunaux et aux discus- « sions du parlement s'il existe des tribunaux et un parce lement ; de rappeler le sens des lois et d'en prévenir « les contradictions; de procurer leur exécution et « de poursuivre les infractions : là, dis-je, le gouver- « nement n'est autre chose que le proviseur de la

I. Contradictions économiques, t. I, pp. 276 et s., pp. 333 et s.

« société, la sentinelle du peuple. » La contradiction devient incompréhensible tant elle est grossière! Qu'estce donc que ce pouvoir auquel on retire le droit d'exécuter en lui laissant celui de procurer l'exécution ? Bien plus, ce n'est pas seulement par la persuasion qu'il va la procurer, puisqu'il poursuivra les infracteurs. C'est en vain que le publiciste ajoute, comme s'il pressentait l'objection : « ou plutôt le gouvernement n'existe plus « puisque, par le prog-rès de leur séparation et de leur « centralisation, les facultés que rassemblait le g-ouver- « nement ont toutes, les unes disparu, les autres échap- <( pé à son initiative. » Proudhon semble oublier qu'il a dans le même ouvrage, presque à la même page i, laissé subsister... un « ministre de l'intérieur >). C'est à ce personnage, il est vrai, qu'il entend « réduire désor- « mais tout le gouvernement «.Mais quelle imprudence, ou quel aveu ! qui ne sait tout ce dont est capable un ministre de l'intérieur et se figure-t-on qu'il appliquera toutes ses forces à sa propre élimination? Ce n'est pas résoudre le problème que de placer, comme Proudhon le proposera dans sa vieillesse, tous les services publics en d'autres mains que celles de l'Etat ni même de les confier à forfait et par baux à terme à des compagnies d'ouvriers solidaires et responsables 2. L'écureuil, pour emprunter l'expression même de l'auteur, a fait un nouveau tour dans sa cage : la cinquième roue du char est mise en branle, quoique par d'autres mains; le pouvoir est remplacé, mal remplacé, sans doute, mais non supprimé.

Par une conséquence naturelle, l'armée « n'a point de <( place dans la série politique ». En vain, dans une

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