II. Ici
collision entre le pouvoir et le peuple, compterait-on sur l'intellig-ence des baïonnettes : il n'y a de baïonnettes intelligentes que celles des gardes nationaux. Dès i843, Proudhon demande donc que la garde nationale mobile prenne la place des armées permanentes; que le service intérieur soit fait concurremment par les gardes urbaines et les gardes mobiles; qu'elles ne cessent de fraterniser entre elles. Il voit dans l'armée, même dans l'armée moderne, la chose propre du gouvernement : c'est le gouvernement qui, chaque année, prend quatrevingt mille recrues, non le pays qui, les donne. L'institution même d'un ministère de la guerre devient, entre les mains du pouvoir exécutif, la pire des prérogatives. C'est aux citoyens de désigner hiérarchiquement leurs chefs militaires, les simples soldats et gardes nationaux nommant aux grades inférieurs, les officiers nommant aux supérieurs. Cette organisation nouvelle de Tarmée est le plus sûr moyeu d'en préparer l'abolition par l'abolition de la guerre *. Les anarchistes, répétera le compagnon Dijkstra dans la réunion provoquée à Amsterdam par le journal liecht uoor allen (septembre 1894), sont les plus humains des hommes, étant les adversaires irréconciliables de ces deux forces malfaisantes qui s'appellent V armée et la police. On lisait de même le 21 août i8g5 dans un manifeste affiché, à Paris, par le « comité central » du parti ouvrier : « Gouvernement, (( c'est-à-dire : préfets, magistrats, mouchards, gcn- « darmes, armée sont contre le peuple. Contre cette « meute il faut que le peuple se solidarise. » Mais les disciples, en grande majorité du moins, dépassent ici leur maître et se séparent de lui sur un point important. Ils