Confessions, etc., p
cette grande évolution : « Vous serez quelque jour fort « étonné d'apprendre, écrivait-il le 2 novembre 1862, (( que je suis un des plusg-rands faiseurs d'ordre, un des « réformateurs les moins utopistes et les plus pratiques « qui existent. Tout le mystère de mes publications con- (( siste en ce que, selon moi, si nous voulons avancer « dans la science des choses sociales, nous ne devons « reculer devant aucune des conclusions de la critique; « c'est que, si une moitié de la vérité nous épouvante u( parfois, la vérité tout entière nous rassure et nous « charme. Pour ne citer qu'un exemple de cette méthode, « je vous ferai remarquer que si, en i84o, j'ai débuté « par Vanarc/iie, conclusion de ma critique de l'idée « gouvernementale, c'est que je devais finir par ïa J'édé- (( ration, base nécessaire du droit des g'ens européen et, « plus tard, de l'organisation de tous les Etats. »
Proudhon s'écarta plus ouvertement encore de la pure doctrine anarchiste, quelques mois plus tard, dans le traité « du principe fédératif », se bornante dire, pour ne pas s'infliger à lui-même un démenti trop éclatant, que le rôle de l'Etat doit être le moins possible un rôle d exécution, écrivant que, d'après la nature des choses et le jeu des principes, l'autorité doit être en retraite et la liberté marcher sur elle, « mais de manière que les deux (( se suivent sans se heurter jamais » et finissant par résumer toute la science constitutionnelle en trois propositions : 1° former des g-roupes médiocres, respectivement souverains, et les unir par un pacte de fédération ; 2" organiser en chaque Etat fédéré le g-ouvernemcnt d'après la loi de séparation des organes; 3° au lieu d'absorber les États fédérés ou autorités provinciales et municipales dans une autorité centrale, réduire les attributions de celle-ci à un simple rôle d'initiative g-énérale,
l'ROUDIION ET L'ANARCHIL; 229
de garantie et de surveillance, dont les décrets ne reçoivent leur exécution que sur le visa des g-ouvernements confédérés et par des agents à leurs ordres.
Ce système péchait assurément par deux côtés. D'une part on ne peut pas, sans heurter la nature des choses, jeter indistinctement toutes les nations, en dépit de leurs mœurs et de leurs aptitudes, dans le moule de la république helvétique. Par exemple, quoi de plus factice que le projet de découper la France, sous prétexte de la rajeunir, tantôt en douze républiques confédérées *, tantôt en trente-six « souverainetés » d'une étendue moyenne de 6.000 kilomètres carrés et d'un million d'habitants-? D'autre part, comment espérer que l'autorité centrale, privée d'agents et de milice, e.xercera toujours avec efficacité son rôle de surveillance et de garantie? On sait si le président Cleveland se borne à des homélies quand il se résout à faire écouter la voix du gouvernement fédéral. Mais le grand novateur a de ses propres mains, qui n'en serait frappé ? secoué les assises de la cité chimérique où toute espèce de constitution politique doit être remplacée par une constitution sociale fondée sur le simple équilibre des forces économiques.
Il faut revenir, avant de terminer ce chapitre, à l'essai sur la capacité politique des classes ouvrières, parce que le réformateur y a jeté, non sans dessein, les fondements de la commune souveraine. Il a, dans cet ouvrage posthume •^, proposé ce dangereux modèle à la démocratie ouvrière : « Qui empêche que la commune « aille jusqu'à se donner dos lois? Elle a son église, son « culte, son clergé librement choisi, son rituel même et