‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 147 sur 169 · pp. I iS et s · texte numérisé non relu

pp. I iS et s

l'iîOUJlIO-N CO.NriŒ UJEU i'6'J

est le dernieretleplussublime, il se moque du sacerdoce. Au point de vue de la religion, il proteste, de toute la hauteurde sa raison et de sa conscience, qu'il n'entend y chang-er rien. Il n'ajoute ni dog-me ni spéculations ni commentaire; il accepte le culte établi, le dog-me vulgaire, la tradition nationale; il ne tliéologlse jamais Jésus est le vulgarisateur du dogme de l'immortalité de l'âme. Il proteste contre les miracles: un socialiste na que faire de cela. C'est seulement quand on voulut faire deJésus un inspiré, un Dieu* qu'on sentit la nécessité de lui prêter des miracles -. Il défend de dire qu'il est le Messie. En Jjsus, la révolution morale et sociale acquiert donc CDascience d'elle-même; c'est elle qui le rend si précis, si fort, si neuf, si supérieur, et, comme depuis dix huit siècles, le but révolutionnaire posé par lui n'est pasatteint, il reste aussi neuf, autant « dans la circonstance et l'a « propos » que du temps de Pilate et de Tibère. Il est, par excellence, le vrai tribun des peuples ; sa protestation, qui semble dédaigner César parce qu'elle va plus haut et plus loin que César, est dirigée contre l'exploitation de l'homme par l'homme. Jésus estla vraie antithèse du régime césarien, patricien, sacerdotal et usuraire, régime d'hypocrisie et d'intolérance, régime d'impudicité

1. La divinisation posthume de Jésus-Christ par ses disciples est démentie par les évaug-iles. Les Juifs demandaient la mort du Ohrist parce qu'il s'était fait i'eçal de Dieu [([uia Deo se œqualein fecit) : quand le çrand-prètre dv3ehire sa tuuique en s'ccriaut : il a blasphémé, c'est que le Christ vient de proclamer sa divinité. C'est pourquoi le juif Cohen lui reproche d'avoir, en se déclarant fils de Dieu, ëijal à Dieu, troublé les croyances unitaires de ses contemporains.

2. Cette proposition, dcjà soutenue par Rousseau, est également contredite par les textes evanc^oliques. Jésus n'oboit pas à la réquisition de tous ceux qui le somment de faire un nuracle ; mais il donne lui-même ses miracles comme un siijue de sa mission divine: « Si vous ne croyez pas eu ma parole, croyez en mes œuvres, a.'ia « que vous sachiez que le Père est en moi et que je suis dans le « l'ère. »

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et de vol, rég^imede calomnie, detrahison et d'assassinat. C'est par là qu'il fut et qu'il est demeuré l'expression la plus haute d u g-énie populaire. Comme idée, comme théorie, rien ne lui est propre, et c'est sa gloire : c'est un chef d'opposition et, comme chef d'opposition, il restera à tout jamais incomparable.

L'auteur, qui ne s'en aperçoit? parle de Jésus et pense à cet autre réformateur en qui la révolution morale et sociale s'incarne une seconde fois, à ce nouveau tribun des peuples qui vise à son tour plus haut et plus loin que César, à cet admirable chef d'opposition que l'Europe vit àl'œuvrede i84o à i8(î5:qualis artifex pereo!

Proudhon cherche enfin à définir la prédication de Jésus. Ce fut (( la réforme sociale; rien de plus, rien de (( moins : ce fut la liberté, l'égalité, la fraternité, pro- (( gramme éternel des pauvres et des opprimés... Comme «but, l'ég-alité des conditions parmi les hommes; (( comme moyen, la réforme des mœurs, comme sanc- « iion, l'immortalité de l'âme ». Oui, l'immortalité de l'âme, et Proudhon, puis-je en croire mes yeux ? admet la lég-itimité de cette prédication relig-ieuse*. Quoi donc! après avoir proscrit toute espèce de sanction extérieure ! après avoir interdit violemment à l'humanité de se survivre pour l'accomplissement de sa destinée ^ i II faut s'expliquer : cette immortalité n'est plus, d'après l'infatigable sophiste, que le progrès indéfini de la raison dans la science et de la conscience dans la vertu.

Est-ce là, je le demande, l'immortalité promise par Jésus soit à Marthe devant le tombeau de Lazare, soit au larron crucifié sur le Golg-otha ? Quel travestissement !

a.Comp. ci-dessus, p. aoy.

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Toutefois la tactique est claire. Proudhon sépare le Christ du christianisme. « Est-ce que Jésus a fait le (( christianisme, écrit-il à Lang-lois *? Il n'en a pas su, (( lui que nous adorons comme son auteur, la centième (( partie. » Les efforts de Jésus pour dégager la société des lang'es de la superstition, a-t-il dit encore, devinrent les matériaux d'une superstition nouvelle, et le plus hardi des raisonneurs fut transformé en thaumaturge et eu mythologue 2. Les disciples auraient donc substitué leur doctrine à celle du maître. Ainsi compris, le christianisme n'est plus qu'uue œuvre de mensonge et devient un véritable attentat contre le Galiléen luimême. Mais la manœuvre est habile et les coups seront plus sûrs.

C'est ainsi qu'il attaque avec une violence particulière le concile de Nicée '•^: Le christianisme de Jésus et des apôtres affirmait « Dieu et l'immortalité de l'âme ». Il fallait s'en tenir à ce double dog-me qui suffisait, laisser la controverse libre, y encourag-er philosophiquement, la suivre, larésumerde temps en temps, la traiter « comme « Apollonius et Simon traitaient les philosophes et les a, cultes, qu'ils regardaient comme des expressions di- (( verses delà même vérité ». Par cette conduite, l'Eg-lise eût posé le dog-me comme solution à obtenir, non comme révélation positive et faite. Judaïsée, fanatique, pleine d'orgueil et d'intolérance, elle ne sut ni comprendre sa position ni se poser dans la hauteur et la larg'eur de la révolution quelle dirigeait. Elle voulut trancher sur des fictions qu'elle prétendit donner pour des réalités transcendantales tandis que le prog-rès philosophique

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