‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 154 sur 169 · Idée générale de la dévolution, etc., p · texte numérisé non relu

Idée générale de la dévolution, etc., p

D'après les lois qui régissent les êtres organisés, l'Eglise devrait avoir péri mille fois. Cependant elle résiste à toutes les attaques,, elle survit à toutes les hérésies, à tous les démembrements, à Voltaire comme à Luther. Maintenant que la Réforme n'est plus qu'un mot, le concile de Trente régit sans conteste l'univers orthodoxe. Bien plus, à mesure que les églises plus avancées qu'elle dans la philosophie et la liberté tombent en dissolution, elle en recueille les lambeaux et se reforme sans cesse par son immobilité même. C'est ainsi qu'elle vient, sous nos yeux, de succéder au gallicanisme dans tout ce qui reste en France de cœurs chrétiens, qu'elle succédera à toutes les églises soi-disant réfoi^mées. Elle n'a que le souffle et ce souffle est plus fort que toutes les institutions qui se sont formées hors d'elle en l'imitant. Elle croit en Dieu : elle y croit mieux qu'aucune secte ; elle est la plus pure, la plus complète, la plus éclatante manifestation de l'essence divine, et il n'y a qu'elle qui sache l'adorer. Or comme ni la raison ni le cœur de l'homme n'ont su s'affranchir de la pensée de Dieu, qui est le pi-opre de l'Eglise, l'Eglise est indestructible. Elle peut ainsi poser la question : croyez-vous en Dieu? croyez-vous à la nécessité de la religion ? croyez-vous par conséquent à l'existence d'urxC société établie sur la pensée môme de Dieu ? Si non, osez le dire; car alors ce n'est pas seulement à l'Eglise que vous déclarez la guerre, c'est à la foi du genre humain; si oui, vous êtes chrétien, catholique, apostolique, romain. Comme, au point de vue religieux, principe de toutes les églises, le catholicisme latin est resté, et de beaucoup, ce qu'il y a de plus rationnel et de plus complet, l'Eglise de Rome, malgré tant de défections, est la seule légitime.

Le plan de Proudhon se dessine. Son antithéisme ne

chemine pas par des voies détournées. Au lieu d'éparpiller ses efiforts, il a cherché quel était le véritable adversaire. C'est l'Ée^lise catholique. Il va donc marcher sur elle. Il tient à la montrer dans toute sa majesté, dans toute sa puissance pour mieux faire ressortir la grandeur de la lutte. S'il entreprend le siège de cette forteresse, ce n'est pas au profit dune église particulière, c'est que, « nonobstant la diversité des mythes et des « rites, tous les cultes sont au fond identiques, qu'il n'y « a par conséquent et ne peut y avoir qu'une seule reli- « g'iou, une seule théologie, une seule église; enfin que « l'Église catholique est celle dont le dogmatisme, la « discipline, la hiérarchie, le progrès, réalisent le prince cipe et le tj-pe de la société religieuse, celle par consé- (( quentqui a le plus de droit au gouvernement des âmes ». Donc, en lui disputant ce gouvernement, c'est à la religion, envisagée sous son aspect le plus général, qu'il le dispute. « En se prononçant contre le catholicisme, le « peuple répudiera toute espèce de religion, parce qu'a- (( près le catholicisme il n'y a plus de religion possi- « ble 1. »

Ainsi Proudhon déclare qu'on n'a pas assez hardiment mis l'Eglise hors du droit commun en 1789. La Constituante régla la liste civile du clergé parce qu'elle avait vendu les biens ecclésiastiques. Elle eût pu se montrer plus rigoureuse. L'Eglise s'étant mise elle-même hors la révolution, « il y avait lieu de lui retirer à la fois ses propriétés et le traitement ». «Biealoin qu'on indemnisât «le clergé, on n'eût été que juste en le poursuivant, « poursesmeuécscoutre-révolutionnaires,en dommagcs- « intérêts 2. » Cependant le clergé catholique était pro-

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