‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 156 sur 169 · Lettre à Chaudey, 12 mars · texte numérisé non relu

Lettre à Chaudey, 12 mars

Alors il découvre qu'on ne détruit pas une relig-ion^ une Eg-lise, un sacerdoce par des persécutions et des diatribes; que la tempête de 1793, en épurant le clerg-é, donna plus de force au catholicisme; quel'Eg-lise prit en main, g-râce aux licences de ses adversaires, le drapeau de la morale et que personne n'a su le lui ravir; que la seule conduite à suivre est de reconquérir par la pratique de la morale et de la liberté le terrain perdu par la faute de Voltaire et de la Terreur i. Mais ce n'était là qu'une opinion de circonstance, dictée par les besoins passag-ers d'une ardente polémique ^. Dès que Proudhon cesse d'être « catholique par position);, le catholicisme redevient l'ennemi. « L'œuvre suprême de la Révolution « au dix-neuviéme siècle est de l'abrog-er. » Il ne laisse pas aux communions chrétiennes, en 1 85 1, plus de ving-tcinq ans (sauf événements imprévus). Il informe même les prêtres qu'ils ne pourront pas, avant un demi-siècle, exercer leur ministère sans être poursuivis comme escrocs. Il pose, dans son Petit catéchisme, la question suivante :« Quel a été, Jusqaà présent, le plus grand acte de la Révolution ? et ne craint pas de répondre : (( Ce n'est ni le serment du jeu de Paume, ni le 4 août, ni « la constitution de 1791, ni lejurj^ ni le 21 janvier, ni « le calendrier républicain, ni le système des poids et « mesures, ni le g-rand livre, c'est le décret du 10 no-

1 . Voir la troisième des brochures réunies sous ce titre : « la féa dération el l'unité en Italie. »

2. Ciomp. ci-dessus, pp. 4'J à .')i. « Nous faisons de la politique et « non de la théolo^'ie, dit-il encore en novembre i863 dans sa brochure « sur les traités de i8i5. Le catholicisme est-il, oui ou non. la phis o grande force morale qui existe sur le t^lobe, force que vous ver- • rez bientôt s'accroître en raison même des ininlelliu:enls efforts o que vous faites pour la détruire?.. . Je vous l'ai dit ailleurs : pour « avoir raison du catholicisme, il faut d'autres idées que les vôtres ; n hors de là, subissez-en la charge. »

« vembre 1798, instituant le culte de la raison i. » Gomment détruire le catholicisme? Il faudrait à la fois le mettre hors du droit commun et le traiter comme une institution d'État.

Ainsi, le 2 juin i85o, répondant à un long- questionnaire politique que lui avait adressé Marc Dufraisse, Proudhon déclarait vouloir la liberté de l'enseig-nement, mais en ôtant, sur ce point, toute action au clerg-é. « Le catholicisme, ajoutait-il, doit être en ce moment ft poursuivi jusqu'à extinction, ce qui ne m'empêche pas « d'écrire sur mon drapeau : Tolérance. >) Ce n'est pas une boutade. Il répétera le i5 octobre i85i qu'il adhère à la liberté de l'enseig'nement, mais « à condition qu'on en excepte l'Église » . Il faut d'ailleurs se garder de pressentir, en cette matière, le vœu populaire. Voulezvous, en quatre jours, écrira-t-il peu de temps avant le coup d'État du 2 décembre, que la contre-révolution soit faite, parfaite, satisfaite? Posez au peuple des questions comme celles-ci : reconnaîlra-t-on un Dieu? y aura-til une religion? cette religion sera-t-elle servie par des prêtres ? ces prêtres seront-ils salariés par L'Etat? « Il répondra par un Oui formidable et le plus conscien- (( cieux du monde. » Il s'agirait donc, le cas échéant, puisque (( l'institution religieuse «est encore aussi vivace, de forcer la main au peuple. Voilà, pour un démocrate, le comble de l'irrévérence, surtout quand ce démocrate a pris la peine d'informer l'univers que nul « n'a le droit « de procurer le bien du peuple malgré le peuple ».

On lisait encore dans le même ouvrag-e ^ que la chute du pouvoir spirituel devrait coïncider avec l'avènement

1 . Au contraire, dans son Traité du principe fédéralif, p. 274, il repousse avec horreur toute réminiscence d'un pareil culte.

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