‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 157 sur 169 · Confessions d'un révolutionnaire, 3« édit., pp. 87 et · texte numérisé non relu

Confessions d'un révolutionnaire, 3« édit., pp. 87 et

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de la démocratie, tout comme l'abolition des pouvoirs temporels. Nous n'avons pas plus besoin de prêtres pour parler à Dieu « que d'élus pour être gouvernés ». L'absolutisme, fondant la puissance de l'autel en même temps que celle du trône, « a multiplié comme un réseau (( les chaînes sur l'humanité ». « Adieu, pape! adieu, « roi 1 adieu, dictateur! adieu, empereur! Désormais il « n'v aura plus d'autorité ni temporelle ni spirituelle *. » Proudhon met donc sur le même plan, par une confusion préméditée, le « pouvoir spirituel » et les pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire. Cependant, pour se faire obéir, ceux-ci doivent employer la contrainte ; celui-là n'a besoin que de se faire écouter. C'est pourquoi les sectaires qui parviendraient à supprimer l'armée^ la gendarmerie, la police n'auraient pas, par cela même, supprimé la religion. Proudhon est assez clairvoyant pour s'en apercevoir. C'est donc un obstacle qu'il faut tourner. La manœuvre est tout indiquée : elle consistée provoquer la confusion, c'est-à-dire à rapprocher le plus possible le « pouvoir spirituel » des autres pouvoirs. Pour atteindre ce but, on commencera parfaire rentrer l'Eglise dans l'État.

C'est ce qu'avait déjà fait la Révolution française en 1790. Proudhon juge, dans les Confessions d'un révolutionnaire ^, que la Constitution civile du clergé fut indispensable. On a beaucoup discuté sur la convenance politique du serment ecclésiastique : Robespierre, ft enclin au sacerdoce et ami des prêtres, » le combattit de toutes ses forces. Tactique absurde. Par la constitution qui le régissait et par le salariat, le prêtre était devenu fonctionnaire public ; il faisait partie intégrante du

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nouvel Etat; il était, en quelque sorte, solidaire de la Révolution i.

Proudhon recueille donc ce pieux héritag-e et propose dès 1843 une série de mesures. Il faut, en exig-eant des candidats à la prêtrise le diplôme de bachelier, se montrer sévère dans l'examen de philosophie afin d'émanciper la raison et de dissoudre l'apathie cléricale par la lecture forcée des philosophes, limiter à cinq ans la durée du vœu parce que le célibat est un autre obstacle à la sécularisation du prôtre, soumettre les curés à la nomination des paroissiens, les rendre plus dépendants de la mairie et moins dépendants de l'évêché, organiser leur responsabilité devant les conseils municipaux et les recteurs, enfin, comme, après tout, la relig-ion est (.< du domaine public » , les oblig-er à marier et à enterrer sans confession 2. Il y avait, dans cet exposé sommaire, une lacune : l'auteur la comblera trois ans plus tard en cherchant à briser le lien qui rattache le clerg-é catholique au Saint-Sièg-e. Le peuple aurait, dans chaque paroisse, d'après le prog-rammedes Confessions, le droit de choisir lui-même ses curés et succursalistes comme de n'en pas prendre du tout; les prêtres, dans chaque diocèse, éliraient leur évêque ; l'assemblée des évêques ou un primat rég-leraient seuls les affaires relig-ieuses, l'enseig-nement de la théologie et le culte. Il est vrai que l'indépendance du pouvoir spirituel est sacrifiée; mais c'est à bon droit, car « l'hy- « polhèse de deux pouvoirs indépendants, ayant chacun

1. Deux ans après, tout en « pleurant» sur le schisme qui, de 89 à 1801, désola l'Eglise çallicane, tout en reconnaissant que le « prêtre ne pouvait pas plier son caractère à ces accommodements», Proudhon affirme encore que a la Révolution, sans aucun doute, ne « pouvait s'abstenir ».

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