‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 159 sur 169 · Du principe fédératif, p. .H · texte numérisé non relu

Du principe fédératif, p. .H

Z. Idée générale de la liévoUUiuu, clc, y. 'î(j4.

l'on pourrait, suivant sa propre expression, « couper la « corde ».

Je ne m'attarderai pas à relever une première inconséquence. Proudhon empruntait aux révolutionnaires de 1790 et de 1793 des procédés qu'il avait maintes fois stig-matisés. A son tour, il fondait un schisme; à son tour, il allait « faire chanter des messes » par un clergé réfractaire. Il aurait sans doute répondu qu'il s'accommodait aux circonstances et que, la ligne droite ne lui paraissant pas être la plus courte, il pi'enait un chemin détourné.

Mais puisqu'il s'agissait de saper, avant tout, le principe d'autorité 1, quoi de plus illogique que de souder, dans l'intérêt de l'anarchie, le pouvoir spirituel au pouvoir temporel, même avec la pensée d'en finir au plus vite avec le premier? L'idéal du despote est d'être à la fois prince et pontife. Dans l'asservissement général, l'indépendance de la religion, étant le dernier refuge de la conscience, est le dernier asile du droit, tandis que le peuple ou le roi tiendrait à la fois sous son joug les corps et les âmes. Sans doute, on prétend ménager une transition. Mais c'est mal préparer la destruction finale du pouvoir que de lui donner un tel instrument de règne, mal inaugurer la liberté que de commencer par le khalifat.

La science sociale tombe de précipice en précipice quand elle n'a pas pour point de départ la science impartiale de l'homme. On se moquerait du physicien qui construirait a priori des systèmes sur l'organisation du monde physique au lieu d'étudier avec persévérance les

I. « Que faisons -nous que de combattre l'autorité ? Religion, c'est o autorité; autorité, c'est église ; église, c'est catholicisme. » Lettre à Darimon, 24 septembre i85o.

lois de la pesanteur, de l'électricité, de l'acoustique et de l'optique. Que penser du philosophe qui rebâtirait un .monde moral avec les mêmes procédés? On lit dans la Genèse, après chaque période de la création : et vidit Deus quod esset bonum. Mais Proudhon vint et, jetant le même reg-ard sur toutes choses , découvrit que la besog-ne était mal faite. Il la refit, comme si quelques déductions subtiles pouvaient chang-er la nature de l'homme. C'est ainsi qu'il résolut d'éliminer les relig"ions sans examiner si l'homme n'est pas. par essence, un être relig"ieu.v, que dis-je? en reconnaissant que l'humanité n'était pas libre de rejeter l'idée de Dieu.

Le réformateur a commenté, dans la « cinquième étude )) de son ouvrage sur la Justice, l'oraison dominicale. J'attache une certaine importance à ce commentaire parce que l'oraison dominicale tient une g-rande place dans Févangile. Proudhon a dit lui-même : « la « morale de quarante siècles est résumée dans ces (( humbles et émouvantes paroles que la tradition chré- (( tienne attribue à son Homme- Dieu... Hélas! à l'excep- « tion de quelques privilég-iés de la science, c'est tout ce « que le peuple sait de ses droits et de ses devoirs. Après « le Décalog"ue et l'Oraison dominicale, néant. Trente- « quatre lignes en trente-quatre siècles! » Mais qu'on y prenne g-arde; ce n'est là qu'une précaution oratoire. Le publiciste ajoute : « Prise au sens littéral, comme fait l'Eglise, l'Oraison dominicale n'est qu'un tissu d'idées niaises, contradictoires, immorales même et impies. )) Cependant si tant de douleurs furent apaisées, de courag'es affermis, de ressentiments vaincus par la récitation

de cette prière, c'est avant que Proudhon l'ait interprétée d'une façon nouvelle. Jug-eons donc, à la lumière du bon sens, ce que cette interprétation peut avoir de plausible et ce qu'elle laisserait subsister de la parole évang-élique.

Père f père de qui, père de quoi? demande Proudhon. Ce mot ne signifie pas que l'âme est une émanation de la divinité. Père et Créateur ne sont pas, d'ailleurs, des expressions synonymes et le Créateur n'explique pas le Père. Donc « ce Père n'est autre chose que l'âme elle- (( môme, ag-randie à ses propres yeux par la conception (( de l'idée sociale ou de la justice, élevée par cette con- (( ception du droit à l'ég-al de la société môme et qui, « incapable de se reconnaître tout d'abord avec ce ca- « ractère sublime, s'interpelle sous un nom cabalisti- « que ».

Il faut avouer que, si tel est le sens de cette première parole, le g"enre humain est tombé dans une erreur profonde. Il a cru prier; par conséquent, il n'a pas cru s'invoquer lui-même. Quand il plie sous le poids de sa propre faiblesse, ce n'est pas lui qu'il interpelle. Il lève les mains vers le ciel. Le Christ a dit encore, au ^rand mécontentement de Proudhon * : «Vous adorerezle Sei- (( g-neur votre Dieu et vous ne servirez que lui seul -; » il défendait par là môme de diviniser l'humanité :

D'ailleurs, la simple lecture du verset qui précède la première phrase de l'oraison dominicalesuffît à dissiper toute équivoque : « Votre père (pater vester), y est-il (f dit, sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui « demandiez. » Ce père est assurément un être à part, capable non seulement d'entendre, mais de pressentir les

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