‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 16 sur 169 · janvier 18O · texte numérisé non relu

janvier 18O

« sonne, ni TÉglise ni le gouvernement. Je crois que « tout militaire instruit, tout étudiant en droit, tout « publiciste, tout homme de lettres, tout philosophe et « curieux sera tenu de me lire. » Personne, ou peu s'en faut, dans l'univers civilisé, ne manquerait donc à l'appel. L'ouvra-e devait paraître le lo ou le 12 mai chez Michel Lévy, quand un nouveau retard suspendit la publication : ce libraire avait pris peur. Proudhon voulut d'abord lui dépêcher un huissier, tant cette peur lui semblait ridicule * ! Il finit par recourir à Dentu ; le livre fut mis en vente le ^1 mai 1861 -.

Même aujourd'hui, nous ne comprenons pas bien ce que Proudhon s'était proposé. La dernière phrase du second volume est ainsi conçue : « L'humanité veut la « fin de la guerre. » Pourtant on se demande à chaque page, du moins avant d'arriver aux dernières pages, si Proudhon n'a pas, dans le duel qui s'est engagé depuis un demi-siècle entre les avocats de la guerre et les avocats de la paix, pris le parti des premiers contre les seconds.

La guerre est, d'après lui, comme le temps et 1 espace, comm^'e le beau, le juste et l'utile, une forme de notre raison, une loi de notre âme, une condition de notre existence 'K La vrdie guerre, par sa nature, parsonidée, par ses matifs, par son })ut avoué, par la tendance éminemment juridique de ses formes, non seulement n'est pas plus injuste d'un côté que de l'autre ; elle est des deux parts, et nécessairement, juste, vertueuse, morale, sainte, ce qui fait d'elle un phénomène d'ordre divin. Ce

à' Tavcc une bande de surcharge à la couverture, témoigna-e de , la' couardise des marchandi de bouquins. « (LeUre a Malhey.) 3. Livre 1, chap. 1.

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sang- versé à flots, ces carna-es fratricides font horreur à notre plulantliropie? Cette mollesse pourrait bien annoncer le refroidissement de notre vertu. Philanthrope, vous parlez d'abolir la guerre; prenez g-arde de déj-rader le g-enre humain... *. Tout, dans l'histoire de l'humanité la suppose. Rien ne s'explique sans elle; rien n'e.xiste qu'avec elle: qui sait la g-uerre sait le tout du genre humain 2. La g-uerre est justicière, en dépit de ses ig-noranls détracteurs ^ ; elle est la plus puissante révélation de l'idéal comme de la relig-ion et du droit 4. Bien plus, elle est indispensable au développement moral de l'humanité : elle donne le relief à notre vertu et y met le sceau ; elle retrempe les nations amollies par la paix, consolide les États, affermit les dynasties, éprouve les races, donne l'empire aux plus dig-nes, communique à tout dans la société le mouvement, la vie, la flamme». Enfin la i^^uerre et la paix, loin de s'exclure, sont les conditions alternatives de la vie des peuples; elles s'appellent l'une l'autre, se définissent réciproquement, se complètent et se soutiennent : la paix démontre et confirme la g-uerre; la guerre, à son tour, est une revendication de la paix 6.

La g-uerre est plus qu'un fait, plus qu'une situation, plus qu'une habitude : c'est un principe, une institution -. Tandis que les jug-ements des tribunaux humains sont simplement énonciatifs du droit, la victoire est productrice du droit, « le résultat de la guerre « étant de faire précisément que le vainqueur obtienne

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