Livre [l, ch. I
(( ce qu'il demandait, non pas seulement parce que, « avant le combat, il avait droit, en raison de sa force « présumée, de l'obtenir, mais parce que la victoire a « prouvé qu'il en était réellement dig-ne ^). La guerre est un acte de juridiction solennelle, un jugement. Au nom dequcUe autorité, en vertu de quel principe ce jug-emeiit de la guerre est-il rendu? La réponse semblerait un blasphème si elle n'était le cri de l'humanité : au nom et en vertu de lajorce. Droit de la guerre et droit de la force sont ainsi un seul et même droit. Proudhoa développe en di.\; chapitres ^ sa théorie du droit de la force.
11 y a un droit de la force en vertu duquel le plus fort a droit, en certaines circonstances, à être préféré au plus faible, rémunéré à plus haut prix, ce dernier fûtil d'ailleurs plus industrieux, plus savant, etc. La force fait partie de l'être humain et contribue à sa dig-nité ; conséquemment, elle a aussi son droit, qui n'est pas tout le droit, mais qu'on ne saurait, sans raison, méconnaître. Si l'on niait le droit de la force, il faudrait nier, par une raison seuîblable, le droit du travail, le droit de l'intelligence, tous les autres droits, même les moins contestés; il faudrait, pour conclure, nier le droit de l'homme, la dignité de la personne humaine, en un mot la justice. Partie constituante de la personne humaine, la force est une des mille faces de la justice ; à ce titre^ elle peut devenir à son tour, le cas donné, par une simple manifestation d'elle-même, justicière. Proudhon va jusqu'à regarder le droit de la force, « tant iionni, » non seulement comme le premier en date, mais comme « la souche et le fondement de toute espèce de droits ».