I. Lettre du 5 mai 18G
A cette époque, Proudhon avait pris parti contre la poli tique, dite « des nationalités ». Ne s'arrèlant jamais à mi-chemin, il s'était jeté dans la mêlée avec une g-rande violence. Déjà, dans son traité De la guerre et de la paix, il avait sacrifié hardiment le droit de nationalité au droit de la force. Qu'on ne vienne pas lui dire : une nation, un État est une personne collective, douée, comme l'individu, d'une vie propre, ayant sa liberté, son caractère, son g'énie, sa conscience, ses droits, dont le plus essentiel est le maintien de son autonomie. Tous ces droits lui paraissent devoir s'efFacer devant la nécessité qui, en multipliant les hommes, en développant les Éla,ts, les amène à se joindre, à se pénétrer, à se fondre, c'est-à-dire, devant les prérogatives de la force. Il ose écrire : « La g-uerre, l'exercice du droit de la force de « nation à nation, et la conquête qui s'ensuit est donc (( le sacrifice d'une ou plusieurs de ces personnes mo- « raies à une nécessité supérieure qui prime le respect (( dû à cette personne et son droit à l'existence; c'est (( l'intérêt le moins important qui cède au supérieur*. » 11 en voulait particulièrement à la Pologne, « qui n'a - (( vait jamais offert au monde que son catholicisme et (( sa noblesse ». Aussi fustig-eait-il jusqu'au sang-, à plusieurs reprises, la nationalité polonaise, approuvant le partage de 1772, ridiculisant sans réserve les déclamations et les larmoiements dont il avait été suivi 2. Depuis la publication de son grand ouvrag-e, il s'était eng-agé dans « la plus désagréable polémique » au sujet delà Pologne avec un journal de Paris : « Les choses en sont (( venues au point que, toute affaire cessante, écrivait-il « à l'un de ses correspondants le 2 octobre 18G1, je me