Lettre à Delhasse, 3o octobre 18G
« consciences; c'est pour cela que je me raidis et, n'ayez « pas peur, je ne démordrai pas *. » Mais quelle amère tristesse dans cette lettre à Chaudey, datée du ii septembre i863 : <K Je reconnais que ma triste fortune est « un peu de mon fait; que j'ai g'aspillé un joli capital « de travail et d'intellig-ence; que j'ai travaillé avec em- « portement et précipitation. Mais cela ne fait pas que (' mes contemporains soient meilleurs et qu'une époque « où des fautes comme les miennes sont si atrocement (( punies, tandis qu'un tas de fripons obtiennent des « succès si faciles^ soit une époque de progrès... Je n'ai ^ foi ni à l'avenir ni à aucune mission humanitaire du (( peuple français et le plus tôt que nous disparaîtrons de « la scène sera le mieux pour la civilisation et pour le « g'enre humain ! »
Cependant il nourrissait encore un certain nombre d'illusions, car il se fio-ura que le gouvernement l'autoriserait à fonder un journal, intitulé la Fédération. Il fit même un grand effort pour convaincre le ministre de l'intérieur, en lui promettant de ne pas recommencer Tag-llation socialiste de i848 : que voulait-il? rappeler les esprits aux vrais principes de 178g, imprimer une direction meilleure à cette démocratie qui avait pris le ig'oût des aventures et se lançait à la poursuite de toutes les chimères. Mais le ministre ne se laissa pas persuader 2. Chose étrange ! Proudhon ne se tint pas pour battu : deux mois plus tard (10 avril i863), il sollicita l'autorisation de publier un journal sous cet autre titre : le Suffrage aniversel,'Qt fut éconduit de la même façon. Une année s'écoule et le pauvre homme, au moment où son état de santé s'ag-i^rave encore, où il souffre, sans