‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 3 sur 169 · Voir la lettre du 21 mai · texte numérisé non relu

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6 PROUDIION

vention jointe h la première *. Bref, Proudhon fut, le •2 juin i858, déclaré coupablcdes cinq délits relevés dans son livre, du délit d'outrage à la morale publique et relii^icuse relevé dans sa brochure, et, en conséquence, condamné, par application des lois du 17 mai 1819, du II août 1848, du27 juillet 1849, ^^ décret du 17 février i852, à trois ans de prison et 4.000 francs d'amende. On condamnait en môme temps l'éditeur Garnior à un mois, les imprimeurs Bry et Bourdier à quinze jours d'emprisonnement. Le débat, s'il fallait en croire une lettre du 3 juin, n'aurait pas eu le sens commun, les interruptions continuelles du président trahissant la préoccupation constante d'empêcher que la discussion ne fût portée « sur le véritable terrain, celui de l'É- « glise ».

Il ajoutait dans une lettre du 12 juin : « Ceux qui « disent que Cliaudey m'a mal défendu disent faux; il « ne m'a pas défendu du tout, attendu que le système de «■ défense que je lui avais imposé n'a pu" être présenté: « dix fois interrompu, Chaudey est revenu dix fois à la « charg-e sans succès. » Toutefois, ayant frappé le jug-ement d'appel, Proudhon charg^ea Grémieux de le défendre devant la cour,

^ Sa confiance était ébranlée. Berg-mann, le plus impartial et le plus désintéressé de ses amis, lui reprochait nettement son « intempérance de lang-ue, et ses erreurs historiques 2 ». De tous côtés pleuvaient les avis sinistres. « On ne cesse, écrivait-il à Gharles Edmond le 21 juin, « de m'exhorter à fuir, et moi, j'ai log-é dans ma tété

I. Proudhon était prévenu, celle fois, d'avoir, par la publication d'un second écrit, date, à l>aris,du n mai .808: i" commis des outra-es a la morale publique et reli-ieuse; 3» outra-é ou lourné en dérision une re içion dont l'établissemenlétail légalement reconnu en France

a. V. la lettre du <j juin à Hergmann.

« d'aller en prison. C'est donc ainsi qu'en France nous a devons soutenir les nôtres ! Je porte le drapeau comme « Bonaparte sur le pontd'Arcole, au-devant de l'ennemi, « et Ton ne m'appuie pas !... Je suis dég-oûté; j'ai hor- « reur de vivre dans un tel monde... » Cependant il prit à coeur un moyen de défense qu'on lui sug-g-éra : « Ce (( que je n'ai pu faire entendre au tribunal, je vais « l'écrire ; un bon mémoire fera ce que n'a pas fait la « parole. » Il envoya donc le 3 juillet une lettre au procureur impérial, pour savoir à quel nombre d'exem. plaires il pourrait tirer ce mémoire, adressé sans doute aux jug-es d'appel, mais qu'il entendait, a son procès « intéressant au plus haut deg-ré la constitution de l'Em- « pire, » distribuer à la maison de l'Empereur, à celle du prince Napoléon, aux g-rands corps de l'Etat^ à la cour de cassation, etc. ; bref, comme ses amis et sa famille devaient participer à la distribution, mille exemplaires lui suffisaient à peine. Le procureur général Chaix d'Est-Ang-e en accorda ving-t. Encore aucun imprimeur français ne voulut-il se charger de la publication. « Je vais donc à Bruxelles, écrivit-il à Mathey le i6 (( juillet, publier mon mémoire, que j'adresserai à tous « les jurisconsultes de l'Europe : on trouvera bien le « moyen d'en introduire quelques milliers en France. » Tout en faisant dire par ses amis qu'il ne s'enfuyait pas et qu'il comptait se rendre au rendez -vous du procureur impérial si celui-ci voulait laisser passer son mémoire, Proudhon ne se dissimulait pas qu'il prenait le chemin de l'exil *. Six jours après s'être installé dans la capitale de laBelg-ique, rue du Chemin de fer, 26, sous le nom

I. « ^[a longue maladie cérébrale m'a dcbililé et je me trouve faible a comme une femme devant les tribulations de IVxil » (lettre du 30 juillet i858, à Charles Heslay).

de M. Durfort, professeur de mathématiques, il écrit a son coreligionnaire Pilhes (26 juillet): « Dites à tous « qu'à moins d'une amnistie larg-e et g-énéreuse qui me « lasse rentrer au plus vite et sans conditions, je vais « m'arrang-er pour continuer le g-rand combat à l'étran- (( g-er ; que, si je suis soutenu en France, je serai en me- « sure de rendre d'essentiels services, plus g-rands que « par le passé. »

Mais on n'entendait pas, à Paris, faciliter les combinaisons du publiciste, et le parquet ne lui laissait pas le temps de respirer. Une assig-nation à comparaître le 28 juillet devant la chambre des appels correctionnels avait été sig-nifiée à son domicile le jour même de son départ. Il informa le président de cette chambre qu'il ne l'avait pas connue avant le 22 ; que le temps lui manquait soit pour imprimer et distribuer un mémoire de deux cents pages, soit même pour conférer avec son défenseur. Il sollicita donc un ajournement en prenant soin d'ajouter : « J'ose dire que ce serait de votre part « préluder à mon acquittement ; que, par cette latitude « accordée à la défense, vous relèveriez le courage de « tous ceux qui, dans notre pays, n'ont pas cessé de « croire à la justice, et que vous éparg-nerez au g-ouver- « nement impérial lui-même, soupçonne de tendances « cléricales, un sujet d'impopularité dans le présent, (( d'embarras dans l'avenir 1.» « L'amiChaudey pouffera « de rire en lisant cela, » écrivait-il le môme jour à Beslay '2, Les jug-es ne prirent pas non plus cette péroraison au sérieux et confirmèrent par défaut, dès le 28 juillet, quant à Proudhon ^, le jug-ement du tribunal

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