Lettre <lu 17 décembre
1. Cette brochure de 108 paçes n'est pas reproduite dans les diverses éditions des œuvres de Proudhon et nous n'avons pu la trouver chez les libraires. C'est pounjuoi nous croyons devou- eu donner au lecteur une analyse assez complète.
DERNIÈRES ANNÉES. ŒUVRES POSTHUMES oT
pense-t-on concilier l'ég-alité avec la nationalité? ou bien s'attacliera-t-on au principe de nationalité, sans égard à la question d'équilibre et, dans ce cas, quelle est la loi de délimitation ? qu'entend-on par nationalités? y en a-t-il autant que de races ? Faut-il ajouter à la race la caractéristique du culte et de la lang-ue ? reg-ardera-t on comme faisant partie d'une nationalité les fractions de nationalités étrangères qu'elle s'est assimilées politiquement ?
L'auteur pousse alors au premier plan le traité de Westphalie et le rapproche des traités modernes. En iG48, il a été reconnu non pas que le droit de la guerre jusqu'alors observé fût une chimère, mais que l'hypothèse d'une monarchie universelle, conséquence extrême du droit de la guerre, était chimérique; le principe d'équilibre a été reçu dans le droit des gens. En i8i4-i8i5, la question d'équilibre international se trouvait intimement liée à celle des réformes gouvernementales. Le congrès de Vienne avait à répondre tout à la fois d'une part à la demande des princes revendiquant leurs territoires, de l'autre à celle des peuples réclamaut des constitutions. Rétablissement de l'équilibre européen et fondation des mœurs constitutionnelles. Depuis cinquante ans, la pensée double qui a inspiré le congrès de Vienne n'a pas cessé un seul moment de se réaliser et les traités de i8i4 et de i8i5, malgré les infractions commises, de s'exécuter. Une immense éclosion s'est faite sur la terre. Les nations ont véritablement changé de face. L'Etat, auparavant amorphe, une sorte de monstre, s'est donné des organes de production et même de bienfaisance; il a pris des membres, des idées, une conscience, il s'est mis à agir comme un être intelligent et libre. Il est à peine utile de faire observer, en 1890,
que les létlacteurs de ces traités n'y avaient pas mis tant de malice et que la transformation s'est opérée à leur insu.
Cependant aux traités de i8i5on oppose les principes de nationalité et de frontières naturelles. La Belg-iquejCn affirmant son indépendance, n'a tenu aucun compte du principe de nationalité, pas plus que de celui des frontières naturelles. On n'en a tenu compte non plus que des souvenirs de Clodion et de Cliarlcmag-ne. La même chose est arrivée, de i84o à i848, pour l'Italie.
Proudlion avait annoncé, dans une lettre du 8 décembre i863, qu'il allait « réduire à néant cette fameuse « question polonaise où pataugeaient les Girardin, les « Haviii;, etc. ». En effet, le chapitre VI de sa brochure contient un violent réquisitoire contre la malheureuse Polog-ne. Il ne voit dans la Pologne que l'institution nobiliaire polonaise, ennemie et persécutrice de la plèbe, et l'anathématise avec un emportement extraordinaire. La Pologne, condamnée par l'histoire, ne peut, selon lui^ faire appel de ce jugement inexorable ni au droit de la nature ni au droit ancien de la guerre et des gens ni au droit inauguré par le traité de Westphalie ni au traité de Vienne. Bien plus il reproche à la Russie d'avoir ménagé, dès 1773, cette incorrigible noblesse, d'être allée jusqu'à lui donner une constitution! « En suivant cette « politique, les empereurs de Russie ont fait cause com- <» mune avec les ennemis naturels de leurs peuples et « manqué à leurs devoirs de souverains. » Il se plaint enfin de ce que, en France, la Pologne pérore, lance des défis, donne des démentis, fasse rage au sénat, prêche par la bouche des évêques, dogmatise à l'Académie, s'essaie à la narration dans les lycées, et saisit l'occasion pour accabler de ses sarcasmes les journalistes Havin,
Guéroult, etc. « Je rougirais de mon pays et de mes « contemporains, s'écrie-t-il, s'il ne se trouvait parmi (( nous un homme pour protester contre ces jong-leries (( polonaises, suiteauxjong-leries italiennes de l'an passé.» Mais, en admettant même que la Polog-ne méritât de telles imprécations, on pouvait, ce semble, éparg-ner cette dernière ruade au peuple terrassé.
Enfin l'auteur réunit en un faisceau, dans sa conclusion, les trente-trois raisons pour lesquelles, à ses yeux, les traités de i8i5 subsistent encore.
C'est en exécution d'un plan nettement arrêté que Proudlion avait soudé à sa philosophie de la fédération et rattachait encore à sa dissertation sur les traités de i8i5 diverses attaques contre les journaux du parti républicain classique. Il avait prétendu rentrer, au printemps de i863, en dépit de ses souffrances et de ses fatigues, dans la politique active et, qui plus est, y rentrer en portant seul contre « les culottes de peau » ledrapeau de la Révolution, de la Liberté, du Droit*. C'est pourquoi, dans la première quinzaine d'avril^ il avait entamé contre les cinq la campag-ne de l'abstention et signalé l'ouverture des hostilités par une nouvelle brochure, intitulée « les démocrates assermentés et les réfractaires ».
La tactique était mauvaise, car les ennemis du second Empire étaient assez nombreux, dès i8G3, pour envoyer au corps législatif une minorité de jour eu jour plus compacte et pour aspirera la conquête lég-ale du pouvoir. Mais jamais conseil médiocre ne fut mieux donné. L'auteur avait employé toutes les ressources d'une langue admirable et dune dialectique inflexible : sa machine