‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 41 sur 169 · C'est l'objet de la seconde partie · texte numérisé non relu

C'est l'objet de la seconde partie

3. C'est-à-dire si, « comme être collectif, moral et libre, elle se scpare'de la classe bourgeoise » .

DERNIÈRES ANNÉES. OEUVRES TOSTIIUMES "Il

3" si de cette idée enfin la classe ouvrière est en mesure lie déduire, pour l'organisation de la société, des conclusions pratiques qui lui soient propres. Proudhon résout affirmativement les deux premières questions, nég-ativi'ment la troisième. Avant 1789 *, l'ouvrier existait dans la corporation et dans la maîtrise comme l'enfant et le domestique dans la famille; depuis 1789, le faisceau des corporations avant été brisé sans qu'on eût rien fait et rien prévu pour l'organisation de l'industrie et les droits des travailleurs, la distinction s'est établie d'elle-même entre la classe des patrons, détenteurs des instruments de travail, capitalistes, propriétaires, et celle des ouvriers, simples salariés. Parce qu'une soixantaine d'hommes ont essayé de se faire les interprètes de cette conscience et de celte idée, on les accuse de viser au rétablissement des castes ! on les élimine de la représentation nationale comme rétrogrades ! Un fait social d'une portée incalculable se produit au sein de la société ; c'est l'avènement à la vie politique de la classe la plus nombreuse, et la plus pauvre. Quant à la bourgeoisie, ce n'est plus une classe puissante par le nombre, le travail et le génie qui pense, produise et raisonne; c'est une minorité qui trafique, spécule, agiote, une cohue: qu'elle le sache ou l'ignore, son rôle est fini. Ce qui importe, aujourd'hui, c'est de « dégager l'idée ouvrière ». Pour y parvenir, Proudhon pulvérise une fois de plus le système communiste oiidu Luxembourg, simple contrefaçon et représaille de la plèbe substituée aux droits, faveurs, privilèges et emplois de la bourgeoisie. Ce système peut ainsi se définir : une [démocratie compacte, fondée en apparence sur la dictature des

I. Comment la classe ouvrière s'est cUstinjuée depuis i y89 de ta classe bourgeoise (!!• partie, ch. 11).

masses, maison les masses n'ont de pouvoir que ce (jii'il en faut pour assurer la servitude universelle d'après les formules et maximes suivantes, empruntées à l'ancien absolutisme: division du pouvoir, centralisation absorbante, destruction systématique de toute pensée individuelle, corporative et locale, réputée scissionnaire; police inquisitoriale; al)olition ou du moins restriction de la famille, à plus forte raison del'hérédité; le suffrage universel organisé de manière à servir de sanction perpétuelle à cette tyrannie anonyme par la prépondérance des sujets médiocres ou même nuls *. Il oppose aux diverses branches de ce communisme le système mutuelliste, mis en relief dans le manifeste des soixante. La plupart de ces derniers sont membres de sociétés de secours mutuel, de crédit mutuel, gérants de sociétés industrielles fondées sur la participation et la mutualité. Ils demandent des chambres ouvrières et des chambres patronales, se complétant, se contrôlant et se balançant les unes les autres ; des syndicats exécutifs et des prud'hommies ; la reconstitution des corporations ouvrières ; en somme, toute une réorganisation de l'industrie sous la juridiction de tous ceux qui la composent. A la conception (< gouvernementale » vient donc s'opposer celle des jiartisans de la liberté, suivant lesquels la société doit être considérée non comme une hiérarchie de fonctions et de facultés, mais comme « un système d'équilibration « entre forces libres » dans lequel chacune est assurée de jouir des mêmes droits à la condition de remplir les mômesdevoirs, d'obtenir les mêmes avantages en échange

I . Proudhoii dénonce en même temps une aulre branche de la même école qui atteindrait le même but par des voies détournées (impôt progressif, système d'impôt sur les successions, sur le capital, sur le revenu, sur les industries libres;. II' partie, ch. III.

des mêmes services *. L'auteur, que nous ne pouvons suivre dans tous ses développements, expose avec soin, dans une long-uc série de chapitres -, l'application du principe de mutualité non seulement au travail et au salaire, mais au g"ouvernement lui-même.

II est traité, dans une troisième partie, des « incompatibilités politiques ».

Le premier mot du nouveau prog-ramme est une sentence d'excommunication. La démocratie ouvrière ne doit pas fig"urer non seulement dans le même parlement, mais encore dans la même opposition que la bourg-eoisie. Proudhon la convie donc formellement à repousser les candidats actuels de Topposition républicaine, tous ceux qui se présentent aux suffraares du peuple étant aujourd'hui l'expression de la même idée, de la même politique, du même ordre '^. Il la détourne de s'associer au serment politique que prêtent à l'envi tous ses adversaires, amis ou ennemis de l'Empire''^. Il lui révèle qu'elle n'est pas en possession du suft'rag'e universel direct, dix mille communes, séparées de mœurs, de territoires, d'affaires^ d'idées même votant pour un individu qui leur est étranger et ne les représente qu'au point de vue d'un sentiment passag-er ou d'une fantaisie de circonstance : il ne suffît pas que le sufFrag-e soit décerné directement de l'électeur à l'élu pour être direct ; il faut encore qu'il représente non moins directement des opinions, des droits, des intérêts et des affaires, car un Etal ne se compose pas uniquement de volontés, il se compose aussi de choses ^. Il expose une théorie complète de la liberté

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