Comp. E, Lamy, Revue de Paris du i" mai
presque à chaque pag-e de sa correspondance, il se plaig-nit de n'avoir pas été compris. Il eut d'ailleurs, comme presque tous les hommes qui ont jeté dans le monde un certain nombre d'idées nouvelles, ses heures d'évolution; subissant la leçon des événements, il reconnut qu'il avait, plus d'une fois, fait un usaçe excessif de sa dialectique : c'est ainsi que, sans désavouer précisément ses premières idées sur le pouvoir et sur la propriété, il en vint à les modifier. Enfin c'était un esprit aussi cornplexe que puissant : approfondissant la plupart des questions sociales, il en apercevait, même à son corps défendant, les divers aspects. L'univers lui semblait être une vaste antimonie. 11 saisissait les côtés faibles de tous les systèmes, y compris ceux qu'il avait épousés. Quand il avait réfuté les autres, il sentait que tout n'était pas fini, et commençait à se quereller lui-même.
C'est ainsi qu'il éprouva pour son pays une piété filiale intermittente. Personne n'a parlé de la France avec plus d'amertume. Ne disait-il pas à Michelet : « Bien loin « que j'accuse Colig-ny, j'applaudirai plutôtà Coriolan : « où est la justice, là est a la patrie * ?» à Beslay : « Là où l'homme trouve justice, là est la patrie. Pauvre « nation française! apostate au i8 brumaire, apostate « au 2 décembre 1 85 1, insolente vis-à-vis de ses rois cons- « titutionnels, rampante avec ses despotes, sans principes, « sans dig-nité, sans conscience... !Sije n'avais que 25 ans, « j'irais en Amérique; si je n'avais que 35 ans, je deman- « derais ma natui'alisation en Belgique-; » plus tard même: « Une bande g-ouverne la France et travaille à faire « de la nation tout entière un peuple de prostitués au de- « dans, de spadassins au dehors : la destinée de la France