Lettre du 7 avril
9(i PROUDIION
« est de prendre la queue dos nations. ■» Cependant le môme homme avait trouvé plus d'une fois de nobles accents pour défendre la patrie « contre les insultes de ses (( bâtards et les invectivesde l'étranger * ». Quand éclata la guerra de Lombardie, il fut saisi d'une anxiété véritable 2, et pressentit le dang-er des coalitions auxquelles l'Italie unifiée pourrait participer. Pour dénoncer ce péril, il oublia sa haine du catholicisme, accusa courageusement nos chauvins de se démener pour nous donner une g-arde de ving-t-six millions d'hommes après avoir crié quarante ans contre les traités de i8i5, et se fit excommunier définitivement par le g'ros de la démag-ogie. IL n'appartient pas au clan des sans-patrie, puis- ({u'il vécut assez pour se réveiller français. Mais j'ai quelque peine à juger ce sing-ulier patriote.
Tel fut aussi le démocrate. Certes on ne peut pas contester que Proudhon ait aimé le peuple. Il en sortait; il avait vécu de sa vie, souffert de ses soufl'rances. Il avait voulu de toutes ses forces travailler au soulagement des pauvres, à l'afFranchissement des ])etits. Telle est la clef de sa vie, telle en est l'unité. Il suffit, pour s'en convaincre, de comparer la lettre du 3i mai i838 3 et la consultation de mars i8C4* : un même souffle les anime. Mais il aima le peuple à sa manière, à la fois pour le peuple et pour lui-même. Il entendait être payé de retour. Il était jaloux de sa i-econnaissance et nerapporlait pas ses infidélités. 11 disputait donc avec violence à ses Corel ig"ionnaires la confiance et les préférences du
1. V., entre autres documents, la lettre écrite à Mazzini, en mars i832, (juc j'ai citée plus haut, t. I, p. itp.
2. V., entre autres documents, les lettres des 5, 7 et 10 avril 18G1.