V. la lellre du 12 septembre à MM. Mathey et Guillemin
de faire sommer par huissier le chef de buroaU;,soit, en sa personne, l'administration de la douane de livrer le ballot, promettant d'envoyer lui-môme les « considérants » de l'acte extra-judiciaire. Naturellement, cette sommation restera sans effet : alors on la fera suivre d'une assig-nation devant le tribunal civil en vue d'obtenir la restitution des ving-t-cinq exemplaires. S'ils sont remis, on n'en intentera pas moins un troisième procès soit devant la cour, soit devant le tribunal sur le principe de la distribution ao? //6i7;/m et de l'introduction du mémoire. Il partira de là pour demandera la chambre des appels correctionnels un renvoi du premier procès. — 7 octobre. Il insiste sur la nécessité d'assigner le ministre quand même le premier ballot serait délivré. Ce que Proudhon veut, c'est contraindre le g-ouvernement à reconnaître la liberté de la défense écrite; il entend faire fléchir la faculté laissée à l'administration d'arrêter toutes les brochures de moins de dix feuilles qui lui semblent dan2:ereuscs devant le droit absolu do la défense qui doit être publique et libre. Toutes les pièces de ce nouveau débat passeront d'ailleurs dans les journaux belges ; tous les incidents seront rapportés, commentés, etc. Il accablera M. Delangle et sa politique. Il terminera cette polémique par une pièce de haut goût, une dénonciation vigoureusement motivée de tout cet arbitraire juridique et ministériel à l'Empereur. Il lui montrera la portée des faits, l'en rendra personnellement responsable conformément à la Constitution : « Vous « verrez que la peur, la honte finiront par pénétrer en « haut lieu et que nous tiendrons enfin le taureau par « les narines. »
Toutefois, en même temps qu'il se propose d'effrayer ou de ramener l'Empereur, il a glissé dans son mémoire
un parallèle, on ne peut plus désagréable pour l'Empire, entre le tostuinont du duc d'Orléans et l'un des discours de M, de IVrsi^ny : « Vous avez la pièce entre les mains, (i écrit-il à Besla}^ le 27 octobre; lisez vous-même et « dites s'il est possible, en jetant ce bâton dans les jam- « bas de l'Empereur, d'adresser plus clairement une « interpellation au comte de Paris. Allons, Sire; allons « Monseig-neur, prononcez-vous. Lequel de vous deux « est le plus ami de la Révolution ?» Il n'était pas difficile de pénétrer ce jeu de grande coquette; moins difficile encore de lechâtier. Cependant il obtint la restitution de son ballot (5 novembre); il obtint même (i5 novembre) qu'il fût sursis par la cour de Paris à l'appel de sa cause: on ne l'assigna que pour le 25 janvier iSSg. Mais il fut, ce jour-là, débouté^ sans bruit de son opposition. V Indépendance belge ayant refusé de publier sa protestation contre l'arrêt confirniatif, il dut se résigner à l'insérer àdiVïiV Etoile belge qu'on ne lisaitpas en France. (Juoiqu'il n'eût pas, ce semble, à se plaindre des avocats, il garda rancune au barreau lui-même : « Je vou- « drais, écrivit-il à Chaudey (11 avril i85g), que legou- « vernement impérial, tirant la dernière conséquence de <( son système de silence, ordonnât qu'à l'avenir on ne « plaidât plus que sur mémoires ; on verrait bientôt ce « (pie deviendrait cette peste de beaux parleurs. » Tel fut l'épilogue.
Il fallait donc, puisque les palmes du martyre et le séjour delà prison netentaient pas lecondamné, se résigner à l'exil et vivre en Belgique. A certaines heures, il paraît se résigner. « Je m'habitue, écrit-il à Boutteville (( le 27 août 1808, k ridée de m'établir à l'étranger et (' de m'y faire une existence... Du moins, j'aurai les « coudées franches. . . Depuis sept ans, rien de sérieux
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(r n'a été tenté par la voie de la presse contre l'Empire ; « c'est la tâche que je m'impose. » Un peu plus tard, s'adressant à Maurice ^ : a Comme vous, je pense que « Bruxelles est un centre de lumières et de commerce « beaucoup meilleur pour moi que Genève; aussi je ne « pense plus à en sortir. A ce propos, je vous dirai « cependant qu'un me mande de Paris que je serai par- « faitement accueilli à Turin, où des personnes d'impor- « tance désireraient que jefixasse mon séjour. Je suis trop a vieux pour courir le monde, et me tiens ou je suis. Je « commence aussi à obtenir quelque succès en Ang-le- « terre où il est questiond'imprimer mon livre ; mais ce « pays est pour moi l'inconnu. )) Le moindre succès relève d'ailleurs son courage. Un congrès pour la propriété Ulléraire et artistique devait se reunir à Bruxelles le 26 septembre. Proudhon ne pouvait manquer celte occasion d'entrer en campagne; on le pressentait à Paris et Lamartine avait mis la docte assemblée, par une lettre spéciale, en garde contre le sophiste qui combattait, depuis i84o, la propriété sous toutes ses formes. Notre franc-comtois commença par publier dans un journal belge, YOffice de publicité, deux articles formant ensemble trente colonnes-, il les trouva:t, comme toujours, extrêmement remarquables et prévenait ses correspondants qu'ils avaient fait « une sensation proprofonde .>. Oue fut-ce quand le congrès en eut adopte les conclusions ! « Jules Simon, mettant son éloquence « normalienne au service d'une mauvaise cause, n'avait c< pas manqué de dire que la négation de la propriété « littéraire conduisait au communisme. K.en ny a fait. « Les Hollando-Belges ont voté en masse contre les pro-